Federal (05 octobre 2005)



Après m’être battue avec cette foutue enregistreuse pendant quelques longues minutes et délibéré quelque peu sur le triste fait que White Zombie ne représentait pas exactement le background musical idéal pour notre conversation (c’est qui le dj aux Foufs les vendredi soirs ?!), j’entame une entrevue d’environ une heure avec Youri Zaragoza, aka Federal….

[CATH] T’es arrivé ici quand, toi?

[YOURI] Je suis arrivé, mmm…. Tu me poses une belle colle! Ça devait être le douze ou treize septembre… et je reste un gros mois – je repars le quatorze [octobre].

[CATH] Après toutes tes dates un peu partout….

[YOURI] Oui, exactement, après quelques dates au Québec parce que finalement, c’est pas tant que ça au Québec – ça a dû faire quelque chose comme six, sept dates au Québec et par contre en Ontario ça représente un petit peu plus, une dizaine ou un truc comme ça –

[CATH] C’est vrai? Elles sont pas toutes listées dans ce cas-là…

[YOURI] Ouais, mais il y a des showcases dans des magasins qui sont pas listées, qu’on donne pas vraiment parce que c’est juste de la pub locale et on l’a pas mis sur internet. Le truc compliqué c’est que Guillaume [manager de Federal] est vraiment occupé et que moi ben, je prends pas trop le temps à vrai dire [rires] et donc ça fait qu’à l’arrivée on se retrouve avec tout ça pas toujours mis à jour…

[CATH] Mais c’est pas la première fois cette année que tu te retrouves au Québec?

[YOURI] Ouais, là c’est la troisième fois en huit mois, même en un an maintenant ; je suis venu en septembre de l’année dernière, j’ai joué au Pop Montréal, j’ai ouvert pour DESPISTADO - Dieu ait leur âme –

[CATH] Pour vrai?! C’est cool!

[YOURI] Ouais, c’était génial, un super show, vraiment. Et je suis revenu en tournée en avril.

[CATH] Show que j’ai manqué, malheureusement…

[YOURI] C’était sympa, vraiment sympa…

[CATH] Ça c’était au Swimming ou au Balafré?

[YOURI] C’était au Swimming.

[CATH] C’était avec qui, ça?

[YOURI] C’était avec un truc qui s’appelle MY BIGGEST LINE, genre emo for kids

[CATH] Ça vient d’ici ça?

[YOURI] Je crois que ça vient d’ici, ouais, mais le mec était anglophone – c’est un projet acoustique solo, avec une fille aussi qui chantait; vraiment gentils, très très jeunes – ils devaient avoir seize ou dix-sept ans –

[CATH] Ça a pas le droit de jouer au Swimming, ça !

[YOURI] Ouais ! [rires] Logiquement, ouais, ils devraient pas avoir le droit… C’est drôle, on buvait de l’alcool - faut pas le dire….. Mais eux, non!

[CATH] Eux non, pas du tout…

[YOURI] Du tout, du tout…

[CATH] Et t’as trouvé ça comment les salles ici, à date?

[YOURI] Ben si je dois comparer par rapport aux salles françaises, c’est vraiment différent parce que les structures ici sont vraiment développées. Il y a des systèmes de sonorisation – en France, il n’y en a pas toujours. Ici, t’es vraiment accueilli par des gens très professionnels – en France, pas toujours….

[CATH] Ouais, le monde est vraiment motivé ici…

[YOURI] Mais c’est vrai, ici tu sais, ici le moindre promoteur qui a dix-sept ans, il t’organise un super show, quoi. Je suis vraiment impressionné – à Québec, le mec qui organisait le concert, il avait quinze ans ! Il a organisé ça à l’Anti - je sais pas si tu vois la salle quoi, c’est énorme ! Il a quinze ans…

[CATH] Tu te souviens de son nom ?

[YOURI C’était Justin quelque chose…

[CATH] Moi, Québec, c’est trop loin pour moi…

[rires]

[YOURI] Mais la salle est vraiment bien, quoi – il y a Converge qui joue là, il y a vraiment des bands super quoi. Ça fait bizarre de jouer là-dedans – c’est trop grand pour moi!

[rires]

[CATH] Est-ce que tas eu la chance de mettre les pieds dans une salle qui s’appelait L’X avant que ça ferme?

[YOURI] Non, mais justement, on m’en a beaucoup parlé…

[CATH] Sérieux, ça c’était quelque chose…

[YOURI] Ouais, un copain de Guillaume qui s’appelle Éric

[CATH] Ouais, Caillou…

[YOURI] Ah, voilà…

[rires]

[CATH] On se connaît tous, c’est un petit monde…

[YOURI] Ouais, j’imagine…

[rires]

[YOURI] Je l’ai rencontré en avril, très sympa quoi….

[CATH] Ouais, c’est pas mal le même monde qu’à L’X qui, maintenant, ont ré-ouvert une salle ailleurs…

[YOURI] Ça s’appelle comment ?

[CATH] C’est LA SHOP – ce qui est vraiment poche, c’est qu’on avait un local vraiment idéal juste là, littéralement à un coin de rue d’ici, qui s’est fait acheté par l’UQAM – espèce d’UQAM de merde qui est en train d’acheter tout le downtown au grand complet !

[rires]

[CATH] Et bon, c’est rendu au métro Préfontaine – c’est loin ! C’est comme quatre ou cinq stations passé Berri dans l’Est…

[YOURI] Ah ouais, en effet…

[CATH] Je m’excuse, mais si tu viens de Laval ou de la Rive-Sud, ça fait loin…

[YOURI] Ouais, en plus de voyager ça après…

[CATH] Ouais, c’est pas malade. Mais on essaie, on veut re-déménager plus près…

[YOURI] Mais c’est une bonne chose, c’est cool d’être motivés – c’est impressionnant la motivation qu’on les gens ici, la qualité de l’organisation, moi je suis vraiment surpris quoi. Par rapport à la France – et c’est pas pour blâmer la France ou quoi que ce soit, ou critiquer, mais c’est vraiment sur une échelle totalement différente, quoi. Vraiment.

[CATH] Mais je checkais ça sur ton forum, le monde ont l’air tellement motivé, pareil… C’est cute à voir…

[YOURI] Ouais, c’est agréable, je suis content…je bénéficie de tout ça donc c’est vraiment super agréable.

[rires]

[CATH] Et c’est partiellement à cause de ça que tu décides de déménager ici ?

[YOURI] En plus ! Ouais, c’est une des grosses raisons qui me poussent à venir ici.

[CATH] Quoi d’autre ?

[YOURI] Ben j’adore la ville ! Vraiment, j’ai un coup de cœur énorme, j’adore me balader ici ; et les gens sont vraiment très gentils. Et moi j’aime beaucoup Paris et New York, et j’ai l’impression d’être vraiment un peu dans un mélange des deux ici – pas pour l’architecture ou quoi que ce soit, mais pour le mélange des cultures anglophones et francophones ; tu peux switcher, dire un mot en anglais, un mot en français à quelqu’un – j’adore ça, moi c’est vraiment un truc que j’aime beaucoup. En France, tu peux pas – tout le monde se moque de toi !

[CATH] C’est vrai ?!

[YOURI] Ah ouais ! En France, il faut dire le nom des acteurs et des chanteurs en Français, disons [avec accent français] « Julia Roberts », et pas - vraiment, ils se moquent de toi !

[CATH] Ayoye, c’est intense…

[YOURI] Ouais ouais…

[rires]

[CATH] Mais pour en revenir un peu à ce dont je parlais tout à l’heure, t’as beaucoup voyagé en même pas un an - financièrement ça donne pas un petit coup ?

[YOURI] [rires] Non, pour deux raisons : la première c’est que j’essaie toujours de rentrer dans mes frais dans tous les shows que je fais ; à chaque fois j’essaie de faire en sorte qu’ils paient le transport, l’essence, des trucs comme ça. Et en plus, avant j’avais un métier ou je gagnais beaucoup d’argent alors ça aide beaucoup. Quand j’ai décidé d’arrêter, j’avais vraiment mis assez de côté pour pouvoir tenir longtemps quoi.

[CATH] T’as bien planifié ton affaire, bref…

[YOURI] Ben tu vois, je suis plus vieux que la moyenne des musiciens normaux ; en étant plus vieux, j’ai pu gagner de l’argent avant. Par contre, je sais que quand je vais venir ici je vais devoir re-travailler.

[CATH] Et tu comptes faire quoi en arrivant ici ?

[YOURI] Ben tu sais, ce qu’il y aura, quoi… vendre des jeans ou vendre des t-shirts ou…j’ai pas d’exigences.

[CATH] Je suis sure que tu vas trouver de quoi de mieux que ça… j’ai pas d’inquiétudes là-dessus !

[rires]

[YOURI] On verra, quoi ! De formation je suis graphiste donc je sais faire ça, et si je trouve pas ça ici je trouverai autre chose. Je suis pas exigeant – tant que je mange…

[CATH] Ah ben si on est multi-milliardaires avec ce site d’ici quelques mois, on pensera à t’engager…

[rires]

[YOURI] Yeah!

[CATH] Musicalement parlant, en France, qu’est-ce qui se passe? En tout cas moi je pense France et musique, et je pense à genre Parabellum… tu vois comme je suis pas tellement à date…

[YOURI] Ok, ouais! En effet! En France, ce qui domine malheureusement – et ça doit être la même chose qu’ici – c’est la Star Académie. C’est vraiment tous les artistes qui sortent de ça qui sont les plus mis en avant parce qu’il y a les plus gros budgets de communications etc. Il y a une grosse scène dite de « nouvelle musique française », genre je sais pas si vous avez Carla Bruni – des chanteurs à textes – c’est des trucs horribles ; Vincent Delerm - c’est vraiment des trucs insupportables, sérieusement. Évitez d’écouter. Ça passe partout, nos parents ils aiment ça, c’est vraiment…

[CATH] C’est à ce point mauvais?

[YOURI] Ouais, honnêtement, et en plus le problème après, à l’intérieur des petites scènes qui existent – la scène rock, la scène métal, la scène hardcore, etc – les groupes ne s’entendent pas du tout entre eux. Il y a des espèces de gros conflits et c’est impossible de faire comme ici, des espèces de crossover de shows, comme si tu avais un groupe de métalcore, un groupe de screamo, un groupe de pop…

[CATH] Ouais, ici c’est devenu beaucoup comme ça dans les dernières années.

[YOURI] Ouais puis c’est une super bonne idée parce que les publics se mélangent, les gens se rencontrent, tu peux découvrir des choses… c’est complètement impossible en France.

[CATH] C’est poche!

[YOURI] Ouais, vraiment c’est dommage.

[CATH] Ça fait des petites cliques…

[YOURI] Ouais. Et puis bon, à la base, ça reste la même musique ! Une fois que t’as évolué dans différents sens quoi. Et c’est une des raisons pour lesquelles j’apprécie vraiment jouer ici – moi je prends plaisir à ouvrir pour un groupe de hardcore ou autres trucs super violents parce que moi j’écoute des trucs comme ça donc ça me gêne pas du tout, je suis pas fermé…

[CATH] C’est bon ça. Et parlant de ton background musical, t’as grandi avec quoi, toi ?

[YOURI] J’ai été élevé aux Beatles et Simon & Garfunkel, ensuite il y avait GREEN DAY, WEEZER, NoFX, FOUNTAINS OF WAYNE, GET UP KIDS, THURSDAY et puis ELLIOTT SMITH… c’est vraiment assez large, tu vois ça va de quand j’étais plus jeune avec des trucs pop anglais, les BEACH BOYS etc, des trucs américains, et puis après des trucs comme THURSDAY, des trucs un peu plus violents comme CONVERGE

[CATH] Et puis maintenant?

[YOURI] Maintenant c’est vraiment variable. Là, j’écoute THE WEAKERTHANS, le dernier NADA SURF – tout ce qui sort, je l’écoute et en suite je fais une sélection.

[CATH] Et puis avant de te lancer en solo comme ça, t’étais dans d’autres groupes ou quoi?

[YOURI] Quand j’étais au Lycée – l’équivalent du Cégep si on veut – j’étais dans un groupe de power pop, un espèce de mélange entre GREEN DAY et WEEZER ; après ça j’étais dans un autre groupe, peut-être plus emo – quelque chose de pas trop défini entre le punk rock et le emo. C’était calme et à la fois c’était violent. On avait tous des groupes qu’on aimait qui étaient différents, disons qu’on essayait de mettre ça en musique. Et puis un jour, un des guitaristes a voulu intégrer un autre groupe et puis ça marchait plus et on a décidé de tout arrêter. Alors moi j’ai continué en solo!

[CATH] Ben, il faut !!

[YOURI] C’est clair ! Et moi ça me fait très plaisir, c’est vraiment de la chance, surtout qu’au départ je faisais ça pour m’amuser. Un jour des amis m’ont dit, enregistre un peu, enregistre deux ou trois trucs, va faire un concert juste pour rigoler. Et donc j’ai enregistré les titres, j’ai fait un concert, et il y a eu cent personnes… alors, j’ai fait OK! Je vais continuer alors ! C’était agréable.

[CATH] Mais avec tes autres groupes, aviez vous enregistré des trucs ?

[YOURI] Ouais, avec mon premier on avait enregistré une démo et un EP et on avait dégoté un contrat avec un major, et on s’est séparé juste avant ! On était vraiment pas d’accord sur plein de choses, et je pense que c’était mieux comme ça…

[CATH] Ça aurait fait un espèce de désastre quelque part éventuellement…

[YOURI] Ouais probablement. On était jeunes, on avait dix-neuf ans et je crois que ça se serait pas très bien passé.

[CATH] Et il faut que tu veules faire ça, à cet âge là aussi…

[YOURI] Ouais en plus, il faut vraiment avoir le goût du sacrifice et nous on l’avait pas. On avait pas d’études, on avait rien. Maintenant à la rigueur, peut-être – et encore de très très loin – mais à l’époque c’était impossible quoi.

[CATH] J’ai vu dans tes dates de shows passés – t’as joué quand même avec des gros bands : SETTLEFISH, KOUFAX, MY CHEMICAL ROMANCE…

[YOURI] Ouais, j’ai eu de la chance ! Surtout MY CHEMICAL ROMANCE, c’était assez bizarre, quoi….

[CATH] Comment est-ce que t’es arrivé à partager la scène avec des artistes comme ça?!

[YOURI] Ben j’ai un booking agent en France qui est très bon! [rires] Lui-même book des shows pour des groupes américains, canadiens, européens et étrangers ; ce qui s’est passé c’est qu’à chaque fois ça collait à peu près, on arrivait à faire qu’on joue ensemble, le groupe était d’accord et moi aussi. MY CHEMICAL ROMANCE c’était différent – on a su qu’il y allait y avoir le show à Paris, mon booking agent a contacté le booking agent de MY CHEMICAL ROMANCE, et il y avait pas de opening act donc on a dit, « On fait comme ça ?... » et ils ont fait, « OK ! » et voilà !

[CATH] Ouais, t’es pas mal chanceux…

[YOURI] J’ai eu de la chance! Depuis que j’ai commencé, que ça soit ça ou aller enregistrer avec Ed Rose, que ça soit aller jouer au CBGB’s à New York…

[CATH] C’est vrai?!

[YOURI] Ouais! Et tout ça en un petit peu de temps, quoi.

[CATH] C’est fou ! Et ça fait combien de temps que tu joues en solo?

[YOURI] Le jour où j’ai commencé c’était il y a deux ans. Donc ça passe !

[CATH] OK, on va parler de ton album – ton fameux album enregistré avec Ed Rose….

[rires]

[CATH] On reviendra à ça tout à l’heure, mais c’est ton premier album en tant que FEDERAL ?

[YOURI] Ouais, j’ai fait une démo avant mais c’est le premier album officiel qui sort dans les magasins partout, distribué, avec de la promotion dans les magazines…

[CATH] Et ça feel commment d’être out there?

[YOURI] C’est bizarre – ça m’a fait très étrange de voir pour la première fois le disque dans un magasin. Je m’attendais pas à ça, ça fait toujours un petit pincement, du genre ah tiens, c’est rigolo, c’est moi ça ! Alors j’ai eu - je sais pas comment dire ça… Je suis allé l’acheter juste pour moi, je me suis dis je vais me supporter moi-même – je suis allé dans un magasin et je l’ai pris et c’était comme, j’ai tellement travaillé pendant huit mois pour ça !

[CATH] Et le titre de l’album d’où ça sort ?

[YOURI] En fait, c’est le contraire de l’expression «avoir le choix des armes». Donc c’est mot pour mot, ne pas avoir le choix de ses défenses, qui est un espèce de constat de la vie. C’est à dire, dans les rapports que tu peux avoir avec les gens, t’as toujours le choix de savoir comment tu vas agir envers les gens mais t’as pas le choix de recevoir les choses. Ça voulait dire ça. Par rapport aux chansons, c’est un espèce de gros résumé quoi. Comme ça aborde l’amitié, l’amour, les rapports professionnels, la famille, ben ça réunissait pas mal de trucs comme ça quoi.

[CATH] Et tes paroles traitent de sujets très personnels quand même.

[YOURI] Ouais, sur cet album-là c’est assez autobiographique, parce que malheureusement ou heureusement, c’est plus facile de parler de sa petite personne ; cent pour cent de ton quotidien, c’est ça quoi. Quand j’ai commencé c’était une période où j’allais pas très bien, j’avais besoin de me libérer de plein de choses et j’ai écris. Après j’ai choisi les morceaux que j’estimais pouvoir être les mieux entre guillemets, qui me feraient plaisir de jouer, et puis voilà.

[CATH] Dans ce sens-là, est-ce que l’écriture pour toi ça devient plus que des simples paroles de chansons ?

[YOURI] Ah ouais, moi c’est vraiment quelque chose dont j’ai besoin. Encore plus maintenant parce que plus ça va et plus je me place différemment dans l’écriture. Je me place maintenant beaucoup plus en observateur, j’essaie de moins faire du self-centered lyrics, et vraiment d’essayer d’arrêter de dire, ça va pas, je vais pas bien, mai copine m’a quitté… vraiment, j’ai plus dix-huit ans, je peux passer un petit peu à autre chose ! j’ai besoin de dire autre chose, et c’est cool aussi d’utiliser ce moyen pour véhiculer des choses à dire, même si j’irai jamais faire de la politique dans mes chansons – je suis pas du punk rock, je fais des mélodies, de la musique, je suis pas très bon musicien, pas très bon chanteur, je sais pas très bien écrire –

[CATH] Ben là, arrête ça! Moi je suis pas du tout d’accord !

[rires]

[CATH] Est-ce que t’écris en français des fois ?

[YOURI] Non, Jamais.

[CATH] Jamais jamais ?

[YOURI] Jamais !

[CATH] Pourquoi ?

[YOURI] Ben j’ai jamais écouté de musique française, mes parents sont pas français – mon père est espagnol, ma mère est hollandaise – et il y a jamais eu de musique française à la maison. Ça fait que c’est pas naturel pour moi - j’écoute de la musique française et ça me fait… ah bon, c’est cool, super, ça me passe là et ça sort là.

[CATH] Et tu penses quoi généralement de la musique francophone? Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’accroche là-dedans des fois, quelque part ? Ou bien tu regardes toujours ça et tu penses, next !

[YOURI] Honnêtement, il y a pas grand chose en musique francophone que je trouve bien. Comme je t’ai dis, le dernier truc qui m’a vraiment impressionné c’est MALAJUBE – j’ai été vraiment impressionné que de la musique en français puisse être comme ça. Mais en France je connais pas beaucoup de groupes qui me plaisent et qui soient en français. Le seul groupe que j’ai en tête c’est un groupe de paris qui est pas très connu et qui mériteraient de l’être, ça s’appelle BELLE ÉPOQUE, ils font du screamo en français – c’est incroyablement bien. C’est vraiment des mecs motivés, qui veulent faire plein de concerts… enfin, on s’entend bien - on est vraiment une scène à Paris de gens qui écoutent et qui jouent des choses très différentes et on s’entend tous entre nous – ça fait vraiment plaisir d’avoir cette unité entre nous ; on s’apprécie même si moi c’est de la musique avec une guitare acoustique et qu’eux font de la musique en criant tout le temps. C’est agréable d’avoir des groupes comme ça, et c’est vrai que ça fait partie des seuls groupes en français que et je respecte et apprécie. Si non le reste….

[CATH] Non, je t’avoue que moi aussi, il y en a pas beaucoup… je sais pas pourquoi, c’est un peu triste, mais bon, c’est comme ça…

[YOURI] Ben je suis pas persuadé que le français soit une langue qui se porte à faire des mélodies et des choses qui t’accrochent à l’oreille ; j’ai l’impression que c’est toujours, je sais pas…

[CATH] Non, c’est vrai, il y a souvent une petite affaire qui fait forcé des fois….

[YOURI] Ouais, c’est vrai, la langue française c’est une langue de littérature et quand les mecs se forcent pour écrire bien et à écrire des mots que tu comprends pas… ça passe vraiment moyen. Tu sais, les grands auteurs du 17e siècle ben c’est passé quoi. Tu peux pas faire une chanson avec ça !

[CATH] C’est clair. Puis les chansons qui se retrouvent sur ton album, elles ont été écrites sur une période de temps qui s’étend environ de quand à quand ?

[YOURI] Ça correspond à une période…. Ça doit faire quelque chose comme quatorze ou treize mois. J’ai eu huit mois pour travailler sur le cd en lui-même, c’est à dire que du moment où je savais que j’allais enregistrer et le moment où je suis allé enregistrer, il y a eu huit mois. J’avais commencé avant à écrire quelques trucs - les premières démos - quatre à six mois avant. Donc une grosse année et demie environ. Mais il y a des souvenirs de choses d’avant si tu veux - j’ai beau avoir écrites les choses sur le moment, il y a des choses qui se sont passées il y a quatre ou cinq ans.

[CATH] Et puis est-ce que t’as enregistré beaucoup plus que ce qui se retrouve là-dessus ?

[YOURI] Ouais, j’en ai enregistré seize, il en reste quatre qui sont pas sur le CD.

[CATH] Et tu comptes faire quoi avec ça ?

[YOURI] Il y en a déjà une qui est sur une compil en France ; l’autre on l’avait mise sur internet, sur MySpace – au tout début on avait rien mis, ensuite on a mis celle-là et on l’a enlevée finalement. Ça collait pas vraiment avec ce que je voulais. Et les deux autres elles étaient sur ma première démo, et puis elles sont vraiment cheap quoi tu vois… j’ai l’impression d’écouter de la musique d’enfant de quinze ans. J’avais pas besoin de ça !

[CATH] Bon, ok, au moins t’es honnête !

[rires]

[CATH] Et généralement parlant, t’es satisfait du résultat?

[YOURI] Ben tu sais, t’es toujours perfectionniste je crois quand t’es musicien. Je ne l’écoute plus, mais quand des fois je suis avec des gens qui me demandent de l’écouter, ou des fois tu dois le faire écouter à des gens pour un show ou quoi que ce soit, tu entends toujours les défauts. Mais finalement je les aime ces défauts, je suis hautement attaché, ils font partie du tout et ils font partie de la douleur que ça a pris de l’enregistrer – parce que c’est vraiment quelque chose de très douloureux d’enregistrer un cd.

[CATH] Ed il t’as pas secoué trop trop ?

[YOURI] Ben il m’a ménagé, ce qui arrive c’est qu’il est très très professionnel. Moi je me suis retrouvé avec lui dans un environnement qui était exigeant mais en même temps un peu paternaliste. Donc il me couvait mais il me disait aussi, faut travailler.

[CATH] Un bon encadrement donc.

[YOURI] Ouais. Super bien encadré, c’est quelqu’un d’incroyable, vraiment un des plus beaux souvenirs de ma vie – je sais que j’ai une chance incroyable. Il y a pas beaucoup de groupes, et en Europe et dans le monde, qui ont fait ça, c’est quelqu’un de génial. Par contre, je me suis retrouvé à travailler quatorze heures sans manger sans boire sans sortir, à travailler toujours sur la même chose. En plus je suis français donc j’ai du apprendre à redire certains mots. Je sais que les problèmes d’accent existent toujours sur le CD mais moi ils me gênent pas parce que c’est mon identité quoi. Je suis pas bilingue, et ça me faire plaisir parfois d’avoir des erreurs.

[CATH] Ben sérieux… très peu. En tout cas, quand Guillaume est sorti de nul part avec son concours et j’avais aucune idée qui tu étais et que je suis allé écouter les chansons sur ton site, j’ai été véritablement impressionnée – tu maîtrises l’Anglais d’une façon assez incroyable ; comment t’expliques ça ? ça a quelque chose à voir avec la musique avec laquelle t’as grandit ?

[YOURI] Ouais, comme j’ai écouté beaucoup de musique anglophone. Je m’amusais à traduire les albums de GREEN DAY quand j’avais dix ans… et puis mes parents, comme ils sont tous les deux étrangers, j’ai toujours été bercé dans un univers de langues étrangères ; à la maison on parlait trois langues différentes tout le temps entre nous et, quand j’ai du apprendre l’Anglais, ben ça me paraissait simple, ça me paraissait normal. Je suis allé vivre trois mois aux États-Unis quand j’ai eu quinze ans chez ma tante -

[CATH] Où ça ?

[YOURI] À San Antonio, au Texas. C’est des paysans, quoi !

[rires]

[YOURI] C’était drôle. Mais comme j’ai eu cette chance-là, après moi ça me paraît vraiment naturel maintenant de beaucoup travailler l’Anglais, d’essayer d’éviter les fautes – j’ai pas envie de sonner comme le petit frenchie qui a un accent, mais je sais que ça existe alors je corrige. Mais je vais pas me forcer à corriger chaque truc à cent pour cent. Et Ed Rose il m’a vraiment laissé faire ça tu vois. Il a corrigé… pas beaucoup de choses, mais il a surtout veillé à essayer de faire en sorte que les mots soient dits comme ils devraient être dits, et après il m’a laissé les dire comme moi je les dis parce qu’il voulait pas non plus me forcer à sonner comme un mec du Kansas - j’aurais eu l’air ridicule. Et même en arrivant en France, tout le monde se serait fichu de ma tête quoi. Genre, tu veux faire l’américain, qu’est-ce qui se passe… Déjà qu’on me l’a dit, alors…

[CATH] Pour vrai ?

[YOURI] Ben oui, forcément. Il y a peu de monde en France qui sont allés enregistrer à l’étranger, et en tout cas qui ont enregistré et à l’étranger et en Anglais, aux États-Unis. Et donc ça fait que quand tu reviens après, les gens te regardent bizarrement, avec une espèce de dédain, tu rejettes ton pays, tu veux faire l’Américain… Mais bon, moi ça me dérange pas. Je savais ce que je faisais.

[CATH] Whatever !

[YOURI] Ouais, c’est ça, c’est vraiment whatever… fuck you, et voilà… excusez-moi.

[CATH] Mais je checkais ton press book l’autre jour et sérieux, t’as vraiment des bonnes critiques là-dedans !

[YOURI] J’ai pas compris... j’ai eu vraiment de la chance, c’est vraiment étrange – de la part de magazines qui, logiquement, auraient du me descendre comme on dit, qui auraient vraiment du m’attaquer sur plein de choses. Et les deux plus gros magazines français m’ont donné une des meilleures notes qu’il y a à avoir, vraiment étrange. C’est mon premier album, j’étais pas du tout connu – je le suis pas vraiment non plus, toujours pas – j’avais pas fait beaucoup de shows… Alors j’étais comme hhmmm… c’est gentil! Merci ! Ça m’a fait vraiment plaisir parce que je m’attendais vraiment pas. Avec la démo, je m’étais fait attaquer par des petits webzines et tout…

[CATH] La petite clique de purs et durs…

[YOURI] Exactement, les puristes, avec qui il faut faire un truc soit complètement novateur ou…

[CATH] C’est jamais assez bon pour eux.

[YOURI] Ouais, c’est ça. Donc à l’arrivée je me suis dit, je vais faire un truc qui me plait et puis on verra bien, et puis les critiques ont été vraiment gentilles quoi. J’étais surpris. Les pires critiques méchantes qu’il y a eu finalement elles sont pas très réalistes, ça m’attaquait plus moi que ma musique donc ça me dérange pas.

[CATH] S’ils ont rien que ça à dire ben tant mieux pour eux…

[YOURI] Ben exactement; s’ils ont du temps à perdre à dire que t’as pas la bonne paire de chaussures et pas le bon t-shirt…

[CATH] Ça a beaucoup de poids, très sérieux… OK, comment t’es abouti dans le studio du Black Lodge à enregistrer avec Ed Rose. Raconte-moi.

[YOURI] C’est quelque chose d’assez bête. Je me suis retrouvé – c’était il y a un an et demi, quelque chose comme ça – j’avais enregistré ma première démo, j’avais fait quelques concerts, je voulais enregistrer un album, une dizaine de titres, mais je voulais aller avec un producteur qui était pas français parce que je voulais vraiment quelqu’un qui serait derrière mon dos pour corriger l’accent. Donc un producteur européen c’est ce que je visais au départ. J’aurais pu m’orienter soit vers quelque chose de rock, un peu plus mouvementé, ou alors de plus pop pour le côté mélodique. Et je savais vraiment pas vers lequel aller, si je devais prendre quelqu’un qui allait me faire un truc plus dynamique ou vers quelqu’un qui allait me faire un truc plus symphonique. Je lisais un magazine et il y avait marqué que les GET UP KIDS avaient acheté un studio et qu’à ce studio, la production avait été confiée à Ed Rose. Il y avait l’adresse du site internet, alors je me suis dit ben je vais lui envoyer un email, je sais que c’est un producteur que je respecte, s’il a des amis à lui, des gens qu’il connaît alors peut-être qu’il pourra me conseiller. Il pourra me dire, ben écoute, il y a ce mec-là en Suède, ou bien ce mec-là en Angleterre, il est bien et en fonction de ce que tu fais il pourra t’aider. Alors je lui ai envoyé un email, je lui ai envoyé ma démo, je lui ai dit ben voilà, je fais ça, est-ce que tu peux me conseiller – est-ce que je dois prendre quelqu’un qui fait du rock ou quelqu’un qui fait de la pop ?Et il m’a répondu deux semaines plus tard, il m’a dit « Je peux pas te conseiller – viens.»

[CATH] Ok !

[YOURI] Bon, ok, mais j’ai pas d’argent !

[CATH] Ouais, ça doit quand même coûter un bras et une jambe…

[YOURI] C’est super cher – rien que le studio c’est six cent dollars la journée, plus après la production et tout le reste, je lui ai dit moi je peux pas… je suis tout petit comme ça, c’est impossible ! Je pourrais venir une heure – et encore !

[rires]

[YOURI] Et il m’a dit ben on va s’arranger, on trouvera quelque chose…

[CATH] Il voulait vraiment, donc…

[YOURI] Je sais pas, je pense qu’il avait un peu de temps à perdre aussi. Peut-être que ma démarche lui a plu, peut-être qu’il avait jamais vraiment fait ça, et voilà. Ça s’est passé comme ça. Et je suis arrivé huit mois après, on avait beaucoup discuté par email, on s’était mis d’accord sur ce que je voulais, sur ce que lui pouvait faire, sur le temps qu’on allait accorder à tout ça, sur les musiciens qui allaient intervenir, les arrangements. J’ai tout écrit, je lui ai tout envoyé et je suis arrivé là-bas et il m’a dit « wow, j’ai jamais vu ça, quelqu’un d’aussi prêt » - ça m’a fait très plaisir. Je m’attendais pas à ça, moi. Je me considère vraiment pas comme un musicien, j’ai appris tout seul. Et je pense qu’il a compris que j’étais motivé par ce que j’aimais et puis il m’a aidé quoi. Voilà. On s’est vraiment bien entendu, on se parle encore, on a passé le jour de l’An, Noël, ensemble ; c’était vraiment agréable.

[CATH] Et t’es resté combien de temps là-bas ?

[YOURI] Je suis resté la première fois deux semaines, et je suis retournée en décembre pour finir une semaine.

[CATH] Et c’est quoi - t’as splitté ça en deux ?

[YOURI] Non, c’était pas ça – c’est que j’ai enregistré la première fois, il y avait juste guitare et voix et quelques arrangements, et on a beaucoup écouté le CD et on s’est dit qu’il fallait de la batterie, de la basse sur certaines chansons, qu’il fallait rajouter plein de choses. Donc je suis retourné quatre ou cinq mois après pour finir. C’était pas prévu au départ, ça, à vrai dire. Ça aurait du être très lo-fi et puis ça me plaisait pas. C’était pas du tout ce qui se passait sur scène – sur scène c’était vachement plus… ça sortait très mou, comme on dit, le mec qui joue tout seul… C’était pas ça, moi je voulais pas. Alors je me suis dit ben allez, on va rajouter tous ces trucs. Et j’ai écrit deux chansons juste avant, il y en a une qui est Glorious Elements et l’autre c’était I Lied When I Said I Was Lying – c’est la neuf ou la dix – c’est mes deux préférées. Je suis content !

[rires]

[CATH] Et les musiciens qui sont sur ton album, d’où ils sortent ? Comment t’as réussi à les avoir ?! C’est quand même pas n’importe qui…

[YOURI] Pour la fille qui chante [sur Estrella (TQ)], c’est Kristen May du groupe VEDA; moi je voulais une fille qui chantait sur l’album, j’ai dit à Ed Rose essaie de me trouver quelqu’un qui peut correspondre à cette chanson. Il m’a dit ben écoute, il y a un petit groupe qui vient de commencer qui s’appelle Veda, la chanteuse a une voix incroyable, j’ai déjà enregistré sa démo, cette fille est gentille et tout, alors je l’ai rencontrée, on a discuté… Elle est restée trois heures, et on a passé deux jours ensemble ensuite à discuter, j’ai passé son anniversaire avec elle et son copain, et maintenant ils sont un groupe énorme aux États-Unis!

[CATH] Ouais, et ils viennent en show ici bientôt d’ailleurs [le 28 octobre au Centre Pierre-Charbonneau]…

[YOURI] À Montréal, ouais, je vais le rater… je discutais encore avec elle hier soir, et on est en train d’essayer de leur booker une tournée en Europe donc quand ça va se faire on partira ensemble. C’est vraiment une fille incroyable. Donc ça s’est passé comme ça pour elle. Pour les violons, les violoncelles, les arrangements de cordes, c’est des gens de l’Université du Kansas – c’était le moins cher et le plus facile à faire. C’est des jeunes, ils demandent pas beaucoup d’argent, ils sont très doués, ils aiment bien la musique donc ça s’est passé comme ça, c’est le manager du studio qui les a contactés. Pour la basse, c’est Ed Rose qui l’a faite.

[CATH] Rien de moins…

[YOURI] C’est clair!

[rires]

[YOURI] C’était drôle, tu sais, de voir Ed Rose comme ça jouer de la basse en short à enregistrer… C’était vraiment drôle, vraiment fun. Et pour la batterie, c’est une mec qui s’appelle Billy Brimblecom qui est un ami de Ed Rose, qui en plus est un ami des GET UP KIDS, et qui maintenant est le batteur du groupe [BLACKPOOL LIGHTS] de Jim Suptic, le guitariste des GET UP KIDS, et qui jouait avant dans THE START qui est un groupe qui ouvrait pour OFFSPRING – c’était un groupe qui était assez connu aux États-Unis. Ed Rose lui a fait écouter, il avait du temps, il a joué – il est resté une journée et il a tout enregistré; un mec comme ça, quoi. Un cœur en or...

[CATH] Une des choses qui m’a vraiment frappé dès les premières notes de l’album c’était à quel point les drums sonnent juste malade!

[YOURI] En plus, comme c’était enregistré – c’était un super batteur, une super batterie, et en plus c’était enregistré dans un endroit particulier – et Ed Rose il te calibre une batterie, il adore ça -tu écoutes l’album de BRANDTSON, les batteries elles sonnent… c’est le rêve, quoi ! Et moi je lui dis, si t’arrives à faire à peu près ça, même juste la moitié, je veux bien ! et là il a fait des batteries super quoi… merci !! J’ai adoré ce qu’il a fait, vraiment.

[CATH] Bon, et puis c’est vraiment ton album à toi, c’est ton bébé…

[YOURI] C’est mon bébé à moi…

[CATH] Et maintenant que t’as fait ce genre d’expérience, comment tu te vois en train d’enregistrer avec un groupe après?

[YOURI] Euh, je dois avouer que je pense pas que j’enregistrerais un jour avec un groupe.

[CATH] Pour vrai? Plus jamais, c’est fini?...

[YOURI] Même là on est en train de préparer le prochain album que j’irai faire en mai à New York, et il n’y aura pas de band – il y aura des musiciens qui vont intervenir, j’aurai un ami à moi qui devrait venir jouer de la basse fort probablement, mais il y aura pas de band. Même quand je joue avec des gens de groupes, c’est des gens que je prends comme ça d’autres bands. J’ai pas envie…

[CATH] Et pourquoi?

[YOURI] Premièrement parce que je suis assez compliqué, et j’ai pas envie que les gens interviennent dans tout le process d’écriture. J’ai pas envie que des gens viennent dire, ouais ben ça j’aime pas – moi je leur dis pas si ce qu’ils font j’aime ou j’aime pas, chacun son boulot. Moi j’aime ce que je fais, et quand j’ai besoin de gens pour jouer avec moi je suis assez exigeant pour choisir les bonnes personnes qui me plairaient, et si j’ai pas envie ben je jouerai tout seul. Je l’ai fait assez de fois pour que ça me dérange pas, quitte à ce que ça sonne un peu plus acoustique et lo-fi – ça me gêne pas. Les morceaux ont été écrits comme ça, ils peuvent être joués tout seul quoi. Mais je pense pas qu’un jour j’aurai – à moins d’un chance exceptionnelle et que je rencontre des gens incroyables qui aient du temps, qui soient motivés, qui aiment bien ce que je fais, qui aient du talent…ça existe pas en France des gens comme ça sérieusement. Les gens en France veulent pas sacrifier leur vie, les gens comprennent pas que moi ça fait deux ans que je sacrifie ma vie à ça quoi. Ils disent, c’est pas possible, tu avais un super boulot avant, pourquoi tu fais ça ?! Et moi j’aime ce que je fais plus que ce que je faisais avant, vraiment, alors que j’avais étudié pour ce que je faisais avant. J’avais un travail vraiment bien et je l’aimais beaucoup, mais maintenant j’ai rencontré des gens tellement incroyables, j’ai eu la chance de voyager, d’aller discuter avec des gens que jamais de ma vie j’aurais rencontrés ; et cette chance-là c’est une fois dans ta vie, quoi. Je veux pas lâcher ça, j’ai pas envie qu’il y ait des gens qui rentrent avec moi dans un groupe et que ça se casse à cause de ça quoi, parce qu’ils sont pas motivés, parce qu’ils ont pas le temps – j’ai pas envie. Je préfère me faire mal tout seul que d’autres personnes me fassent mal.

[CATH] C’est une bonne philosophie…

[YOURI] Peut-être…

[CATH] Bon sincèrement, j’ai jamais vu autant de ponts d’interrogations regroupés dans un même livret…

[rires]

[CATH] … réunis sur un même bout de papier – tu peux m’expliquer ?

[YOURI] C’est la deuxième fois qu’on me fait une remarque comme ça! Une fois j’avais une interview et la fille a dit – ça doit être un truc de fille, tu sais, qui s’attarde sur ces choses là – elle me dit, deux choses pour les paroles : j’ai jamais vu autant de fois de points d’interrogation, et j’ai jamais vu autant de fois le mot words. C’est marqué tout le temps, dans toutes les chansons, il y a words. Elle me dit, qu’est-ce qu’il y a, il y a un problème avec ça? [rires] Alors, je pense que, comme c’est un premier album, j’avais beaucoup de doutes et que ces doutes-là sont passés dans les chansons, quoi. Soit dans les titres, soit dans les lyrics après. D’un côté ça allait pas bien, de l’autre côté je me disais, est-ce que j’ai fait le bon choix? Est-ce que je suis pas en train de me tromper? Est-ce que les gens vont pas se moquer de moi parce que je fais ça et que peut-être je devrais pas faire ça? Comment les gens vont accueillir ça? Et puis finalement je me suis dit, c’est pas grave, je vais garder mes doutes pour moi, et les doutes sont passés dans les paroles et sont devenus des points d’interrogations et plein de questions dans tous les sens – questions auxquelles j’ai toujours pas vraiment de réponses. Mais comme j’ai l’impression d’avoir beaucoup mûri de cette expérience, peut-être qu’au fil du temps je me pose moins de questions personnelles et que j’essaie plus de comprendre ce qui se passe autour plutôt que d’essayer de… je crois qu’en comprenant ce qui se passe autour de moi je vais pouvoir résoudre certains problèmes personnels que j’ai encore avec plein de choses qui m’entourent… on verra. Mais en tout cas, belle remarque! Bravo.

[CATH] Merci ! Et puis côté artwork, c’est toi qui a fait ça de A à Z?

[YOURI] Ouais, vraiment de A à Z – j’ai passé des nuits et des jours, mais j’ai pas de mérite, c’était mon travail, quoi. Je pourrais pas laisser faire ça à quelqu’un d’autre, je sais le faire !

[CATH] Mais c’est triste, je veux dire dernièrement je tombe sur une pile de groupes qui font pas du tout attention à leur image dans ce sens-là…

[YOURI] Ah ouais, moi ça me rend fou, quoi. Surtout là, je bénéficiais d’un petit budget, j’ai essayé de faire un truc joli, avec un livret sur du papier spécial -

[CATH] Ouais, c’est vraiment bien -

[YOURI] J’ai essayé de faire ça tu vois et il y a des groupes qui sont sur des majors qui font des CDs horribles, tout ça parce que ça va leur faire gagner un peu plus d’argent. Le but, à moi et mon record label, c’était pas ça du tout quoi. C’était de faire un joli objet, que les gens aient envie d’acheter, que les gens aient envie d’avoir chez eux, de le regarder, que ça soit un bel objet – tout ça c’est important pour moi. La musique c’est une chose ; tu peux aller la downloader sur internet le lendemain de la sortie – trois semaines avant la sortie de mon CD c’était sur internet déjà quoi. Sur Kazaa, sur tous les sites, mais les gens ils n’avaient pas l’objet. Et ça, je me suis dit, ils peuvent télécharger la musique, c’est pas très grave, mais ils auront pas les paroles et ils auront pas l’objet. Et je sais que j’ai passé plus de temps sur l’objet que sur tout le reste, vraiment j’ai été attentif au moindre détail – il y a plein de choses que les gens découvriront presque jamais, et tant mieux ; c’est un livre que tu peux lire pendant dix ans. Moi, je redécouvre encore des choses. J’écoute pas le disque, mais des fois je m’amuse à le regarder ; c’était il y a plus de six mois et ça m’amuse – je le regarde et je me dis ah ouais, j’avais fait ça ! J’adore ça, quoi. Je sais pas si j’aurai le temps pour le prochain de le faire aussi mais en tout cas je sais que je superviserais tout. Si quelqu’un doit faire des dessins ou des trucs comme ça, je serai derrière son dos à chaque minute à dire, non ! oui ! non ! oui ! [rires] Je suis tellement exigeant, que… C’est très important pour moi, très important.

[CATH] Dans ce sens là qu’est-ce que tu penses de – je me souviens plus c’est quel label, mais c’est quelque chose du genre que le label à parti une espèce de filiale qui est seulement online ; je sais pas exactement c’est quoi le concept, mais c’est quelque chose comme tu reçois des chansons qui sortent seulement comme ça sur l’internet, t’as pas de CD ou rien – moi je regarde ça pis je comprends juste pas. Pourquoi est-ce que je voudrais ça – pour les mettre dans un beau fichier dans mon ordinateur ??

[YOURI] Je sais pas c’est quoi, mais ouais c’est clair, ils sont en train de tuer la musique avec ça. L’internet rend la musique accessible à tout le monde, mais ça a perdu de sa valeur. Tu sais, moi j’aime bien aller acheter un CD, l’avoir dans les mains, regarder les paroles – je m’endors avec les paroles, je les apprends par cœur ; j’avais quinze ans, je prenais les et je regardais bon qu’est-ce qu’il a dit Billy Joe ? C’est beau, quoi. C’est un bel objet – j’ai pas envie d’écouter de la musique dans mon ordinateur tout le temps, ça n’a aucun intérêt…

[CATH] Parle-moi du vidéo pour Glorious Elements. Pourquoi t’as choisi cette pièce-là parmi tant d’autres ?

[YOURI] Ben, c’est la pièce qui passait sur les radios, c’est celle qui a eu l’accueil le plus facile, parce que c’est aussi la chanson la plus facile si tu veux – elle a un refrain facile, elle a un espèce de format pas très compliqué, on la retient assez vite -

[CATH] Pis elle est vraiment bonne aussi…

[rires]

[YOURI] Je l’ai écrite assez vite aussi, bizarrement. Alors quand on s’est dit ben on va essayer de faire une vidéo pour pouvoir avoir accès à des réseaux différents, pour pouvoir passer à la télé si on nous demande, pour pouvoir diffuser sur des sites internet, des choses comme ça. La plus facile, c’est vrai que c’est celle-là. Et puis après ça s’est enchaîné, on a discuté avec un jeune réalisateur, on a essayé de faire un scénario cohérent, un truc vraiment différent - on voulait pas me voir jouer pendant cinq minutes, avec des gros plans -

[CATH] Ouais on te voit presque pas là-dedans.

[YOURI] Ben je voulais pas – le concept c’est que j’étais vraiment un fantôme, que j’apparaisse peut-être cinq ou six secondes, dix plans maximum, l’idée elle est vraiment là quoi. Je pense que j’écris pas de la musique – c’est pas Youri, quoi. Le projet il a un nom, c’est FEDERAL, j’ai pas besoin de me mettre en avant sur les vidéos. Je suis déjà assez en avant sur les photos et ça me gêne assez comme ça, pour en plus devoir rajouter une couche et être trois minutes cinquante quatre en vidéo – salut c’est moi, t’as vu, je sais faire de la guitare, t’as vu mon t-shirt, il est super joli, et mon coiffeur il m’a pris cinq heures – aucun intérêt quoi. Donc j’étais content de pouvoir raconter une histoire dans une vidéo avec une vrai actrice, un réalisateur qui prendrait du temps, avec un tout petit budget mais ridicule, avec deux jours pour faire ça, c’était incroyable. On a monté nous-même le décors – les gens pourraient même pas s’imaginer le temps qu’on a passé à faire ça parce que ça demande un travail incroyable. Et une fois que t’as fini, il te reste quatre vingt dix pour cent du travail à faire ! Parce qu’on a filmé avec des caméras et des angles différents, il a fallu faire tout le montage, retoucher toutes les lumières… et en plus on avait pas beaucoup de temps, on voulait faire quelque chose de bien et on avait vraiment pas d’argent quoi. Je veux dire, ça demande tellement d’argent les budgets de vidéo – c’est des dizaines de milliers de dollars quoi. Alors on a dit on va utiliser ce qu’on a en notre possession : un réalisateur qui est doué, du matériel vidéo, et on va mettre tout notre cœur et tout notre temps dedans. Et puis voilà, je suis super content ! Vraiment. L’équipe de travail a été incroyable. Je sais que c’est pas un truc super professionnel et que ça passera pas sur MTV demain, mais c’est pas grave -

[CATH] Mais je pense pas que c’était ça le but non plus.

[YOURI] Non, non pas du tout – le but c’était vraiment d’illustrer la chanson de la meilleure manière que ce soit, de donner une interprétation de la chanson parce que c’est vraiment une interprétation particulière, c’est pas forcément ce que j’ai voulu dire au départ, mais c’est peut-être ce que tu peux comprendre des fois si tu comprends cette chanson. C’est une histoire, c’était important.

[CATH] En tes mots, ça raconte quoi ce vidéo-là – indépendamment de la musique.

[YOURI] Indépendamment de la musique, tu peux le prendre de deux façons. C’est l’histoire soit d’une rupture, soit d’une disparition. Une fille découvre soit que son ami a disparu, soit qu’il l’a quittée, et elle essaie de se remémorer tous les bons moments avec cette personne. Donc elle se retrouve dans une chambre et sur un mur sont projetés des souvenirs de lui et elle en train de rigoler, tu vois des murs de photos, tu les vois en train de faire du scooter dans la ville, en train de danser, de faire plein de choses, et puis peu à peu ça se dégrade. Elle se rend compte qu’elle veut effacer ces souvenirs, donc elle prend de la peinture et elle barbouille le mur mais le problème c’est que comme c’est un mur noir elle le peint en blanc et ça rend les souvenirs encore plus visibles. En fait c’est ça, c’est une métaphore sur le fait que ça sert à rien d’effacer tes souvenirs, c’est des choses qui sont importantes. Si tu interprètes la chanson comme étant une personne qui a disparu ou une personne qui l’a quittée, qui est son ex on va dire, ben il faut pas se dire « je veux rayer ça de ma vie » il faut juste dire « ça fait partie de ma vie et je vais passer à autre chose ». Et donc à la fin de la vidéo tout revient en arrière, on en reprend une partie et il y a ce fil qui défile sur le sol, un truc dessiné – ce fil-là, au lieu d’aller vers ses photos et de la pousser elle vers ses souvenirs, ça la pousse vers la fenêtre et la fenêtre donne cette image d’espoir. On voulait vraiment pas finir sur une note désagréable où elle effaçait tous ses souvenirs dans de la peinture rouge mélangée avec du sang ; on a dit, on veut donner vraiment une note d’espoir, on trouvait ça très important quoi parce que finalement ça sert à rien d’avoir des souvenirs et de vouloir effacer ça de sa tête – tu n’effaceras jamais te souvenirs, ça sert à rien. Donc comme la chanson était pas vraiment sur ce thème-là mais que quand je l’ai écrite, c’est un des mini-sujets dont je voulais parler – quand j’ai voulu dire cut cut inside the story, comme le fait de prendre la bande de ta vie, tous tes souvenirs, t’enlèves tous les moments que t’aimes pas et tu mets bout à bout tous les moments que t’aimes bien…. Tu pourras jamais faire ça. Donc tu prends tout et puis tu dis ces moments-là ils étaient pas bien, ben ils étaient pas bien – c’est comme ça. Et les moments qui étaient bien, ils étaient vraiment bien quoi. Et voilà. Tu profites de ces moments-là. La chanson est sur ça, et la vidéo est sur ce bout-là quoi.

[CATH] J’aime bien tes commentaires – j’ai eu la chance de le voir juste une fois et quand tu me parles de ça comme tu le fais ça me rappelle plein de trucs… Et c’est qui qui a filmé ça ?

[YOURI] C’est un ami qui s’appelle Gaetan Colpart qui est dans une école d’art. C’est la première fois qu’il faisait une vidéo – il en avait fait avant mais c’était pour des shows, des trucs comme ça. Et je lui ai dit ben écoute, j’ai un énorme défi pour toi : il faut faire ma première vidéo. Et il était très motivé, mais vraiment…Il est très jeune, il a vingt-deux ans même pas, et il a fait un travail incroyable. Il a pas dormi pendant une semaine [rires]. On était comme des zombies à travailler sur les ordinateurs, à tout retoucher les lumières, tout caler sur la musique. Lui c’est son travail, moi c’est pas le mien, mais je suis tellement exigeant que je voulais assister à tout – je suis tellement content, il a fait un truc incroyable. Je suis fier de lui, bravo.

[CATH] Et si t’avais à en faire un autre là, qu’est-ce que tu ferais ?

[YOURI] Je pense que ça serait le morceau qui a été mis en avant sur MySpace, Estrella (TQ), qui est le morceau avec Kristen May de VEDA, je pense que je ferais celui-là. Premièrement ça permettrait de changer le style de musique, c’est vraiment une ballade, et puis je pense aussi que visuellement ça serait très intéressant. Ça permettrait de pas faire des plan – plan, plan, plan, tout le temps en séquence, très en mouvement – ça permettrait de faire des trucs plus fluides, je pense que ça serait agréable à faire. C’est une chanson que j’aime bien parce que c’est la seule chanson sur laquelle j’ai pleuré en studio, à écouter les violons jouer… à onze heures du soir, écouter juste les violons comme ça, j’étais avec mon manager Guillaume et on se regardait et je me disais enfin j’ai écrit ça, quoi… jamais de ma vie j’aurais imaginé ça.

[CATH] Mais c’est ça, tous les moindres petits arrangements, c’est tout sorti de ta tête ??

[YOURI] Ouais, ouais.

[CATH] Et comment t’écris une partie de violon ?

[YOURI] Ben ça reste un instrument, donc j’ai écrit au piano, j’ai écrit la partition et après j’ai écrit tous les arrangements et les mélanges entre les violons et les violoncelles. J’ai enregistré deux pianos qui jouent et je me suis dit ben si un piano ça sonne pas trop mal, un violon ça devrait sonner pas trop mal… Et puis quand ils l’ont joué, j’étais ouais…ça alors ! [rires] J’étais incroyablement surpris, quoi. Et en plus ils ont rien touché, ils ont joué tel quel. Le seul truc qu’ils ont changé c’est quand ils ont tout monté d’un ton pour rendre le truc très dramatique, ça monte dans les aigus à la fin et là ça s’emporte et alors on était tous [rires] à se regarder entre nous genre…aaaahhh! C’était un moment très cute de studio, très émouvant.

[CATH] Et est-ce que tu joues beaucoup de piano comme ça ?

[YOURI] Non, je joue très mal en plus.

[CATH] Ben voyons donc.

[YOURI] Vraiment.

[CATH] Je peux pas croire.

[YOURI] J’ai appris tout seul, je fais gling ling ling… Non, sérieusement, je connais pas les notes quoi. J’ai appris à l’école, donc je sais écrire une partition, mais je sais pas écrire les accords donc je fais gling… ouais, ça sonne bien… gling… ah! – ça sonne pas bien… gling… ouais!... gling…ah non non.

[rires]

[YOURI] Et après j’ai une bonne mémoire donc j’apprends à peu près les mouvements des mains. On m’a demandé récemment « c’est quoi les tablatures de cette chanson? » et j’ai fait « …je sais pas, j’en sais rien! » J’ai dit, ben écoutes, et puis tu verras! Même moi, je l’ai pas écrite, je l’ai joué comme ça, à l’oreille.

[CATH] Mais est-ce que c’est des chansons que tu joues, comme mettons What Ain’t Given Is Lost, est-ce que joues ça en show des fois?

[YOURI] Non, je vais commencer à la jouer, là. Je vais commencer à la jouer sur la tournée, ça va être la première fois que je vais la jouer dès que je vais rentrer en France et que je vais jouer dans des salles où je peux, des salles qui sont un peu plus grosses et tout. En tout cas, j’aurai la possibilité de le faire et d’emmener un piano avec moi, je vais vraiment essayer de le faire – je l’ai jamais faite live donc on verra. Ça va être une surprise.

[CATH] Jamais jamais ??

[YOURI] Jamais, jamais. À vrai dire, je l’ai joué peut-être cinq fois de toute ma vie et sur les cinq fois il devait y avoir trois fois en studio et deux fois pour la répéter. .

[CATH] J’aime bien cette pièce-là, sérieux…

[YOURI] Moi je… elle m’est très personnelle parce que ben le thème est vraiment particulier, c’est une chanson que j’ai écrite pour mon neveu quand il est né, c’est très important pour moi – c’est un espèce de conseil que je lui ai écrit, tu vois. Je lui dis, je pourrais pas faire grand chose pour toi mais essaye de jamais laisser tomber, il y a des choses qui sont importantes et essaye de toujours aller droit, d’avoir des choix justes. C’est la première chanson que j’ai écrite qui était pas chouinarde, comme on dit – qui était pas comme, ça va pas dans ma vie. Et il est né, maintenant il a un an et demi ; je voulais lui donner un conseil, c’est le seul conseil que je pouvais lui donner et le faire à travers une chanson. C’est pour ça que cette chanson est très importante quoi.

[CATH] Cool… Excuse-moi, on va skipper de sujet un peu (beaucoup) : parle-moi un peu de comment la culture américaine est représentée en Europe.

[YOURI] Disons que, malheureusement, on a tendance à voir beaucoup les mauvais côtés…

[CATH] Ici aussi, pareil…

[YOURI] Je suppose. Tu sais, les Américains sont considérés comme des gens très imbus d’eux-mêmes, supérieurs, et la culture nord-américaine ça découle un petit peu de ça. On se retrouve à se voir imposer un cinéma qui n’est pas le nôtre, avec tous les effets spéciaux, une musique qui est super over-produced, des groupes qui jouent beaucoup pour l’argent… Ça fait que la culture en elle-même, quand on se retrouve avec ça nous en France qui est un pays minuscule, c’est pas reçu très bien à vrai dire. Vraiment pas génial. Mais les gens – ça fait toujours rêver, si tu veux. Quand tu dis, « Je vais aller faire un concert à New York, les gens disent », « Ah! Incroyable! New York…»

[CATH] T’as joué beaucoup aux États-Unis?

[YOURI] Non, j’ai joué à New York et là, Detroit – j’ai fait trois ou quatre shows aux États-Unis quoi. J’ai jamais pris le temps de le faire, parce que j’ai pas de distribution là-bas ; le CD est pas distribué, ça sert à rien quoi. Malgré tout, c’est aussi bien que tu sois un tout petit peu exposé, qu’on puisse dire ben je viens faire un tour et il y aura des CDs dans les magasins si vous voulez, si vous avez aimé…

[CATH] Ouais, c’est pas juste et voilà, ça c’est moi, salut, bye, à la prochaine.

[YOURI] Ouais, salut, c’est moi et je repars – pas beaucoup d’intérêt. J’aimerais le faire, mais on fera ça l’année prochaine. Quand je viendrai m’installer ici, j’aurai du temps.

[CATH] Et puis c’est ça, tu repars dimanche, tu t’en vas en Ontario, et ensuite tu fais quoi ?

[YOURI] Ben je reste six jours en Ontario, une date aux États-Unis et puis après je rentre en France le quatorze donc dans deux semaines. Ma tournée en France commence le dix-neuf, les répétitions les dix-sept, donc j’ai un jour pour me reposer et trois jours pour répéter avec les gens de mon band – un bassiste et un batteur – et après je pars en tournée pour un mois en France. Après je vais aller enregistrer les démos, en Espagne je pense, au bord de la plage…

[CATH] Ah ouais ?…

[YOURI] Mes parents ont une maison là-bas, je vais prendre du temps, je veux m’isoler et me couper de tout. Et puis après j’ai deux tournées en Europe avec des gros groupes américains [note de l’éditrice : je peux pas les nommer à la demande de Youri parce que c’est trop top secret!! Mais c’est des gros bands trop bien établis…]. Donc ça va me prendre deux mois et ensuite je vais venir ici m’installer. Et puis en mai j’entre en studio à New York.

[CATH] Horaire chargé, bref !

[YOURI] Ouais, ouais. Ben c’est cool, ça fait plaisir quoi. Là je suis impatient d’aller enregistrer le prochain – ça sera pas un album, je pense un EP, ça va être avec un producteur incroyable…

[CATH] Et ça c’est un secret aussi, encore une fois ?

[YOURI] Ben je peux te le dire, mais il faut pas le dire…
[désolée, les amis… j’ai promis!! Encore une fois, vous allez être impressionnés quand la nouvelle va sortir]

[YOURI] J’ai une chance mais alors là, incroyable. Et en plus c’est lui que m’a demandé.

[CATH] Ouais, ça roule, bref…

[YOURI] Ouais, ça fait vraiment plaisir. Le management doit encore discuter pour voir comment ça se passe, mais j’ai hâte que ça se concrétise. Ça va vraiment être une expérience particulière, surtout que je suis en train vraiment de… je suis en train de faire un truc plus à moi quoi. J’ai besoin de quelqu’un comme ça qui a de l’expérience – pas plus que Ed Rose qui est quelqu’un que j’adore et que je respecte, mais là je vais avoir une production qui va être plus personnelle. C’est pour ça que je fais que six titres mais qui vont vraiment être très différents les uns des autres.

[CATH] Et ça va sortir comment ?

[YOURI] Je sais pas. On est en train de négocier plein de deals, mais je sais pas, on verra.

[CATH] Mais il y a de quoi qui se passe, au moins…

[YOURI] Ouais, non, on sait que ça va sortir, je vais pas le faire tout seul, j’ai des gens qui veulent m’aider, plein de gens qui me demandent, mais je sais pas…

[CATH] Mais c’est pas question que tu sortes ça indépendant ?

[YOURI] Non, ça sortira pas tout seul, ça sera pas une auto-production. Mais je sais pas, j’ai le temps… J’ai pas le goût de prendre des décisions maintenant.

[CATH] Et ça va sortir quand, ça – cet été ?

[YOURI] Si j’enregistre en mai, ça va bien prendre quatre ou cinq mois de plus donc à mon avis septembre. Alors à la fin de l’été, encore un an avant que le prochain sorte… Mais on verra qui sortira ça, je sais pas. J’aime pas en parler, c’est toujours chiant parce que tu te rends compte à négocier des trucs avec des grosses structures et puis au dernier moment ils font ah ! ouais, mais tu vois là, financièrement… et ils te laissent tomber. C’est vraiment pas cool. La musique quand ça devient business c’est pas drôle. J’aime pas.

[CATH] Mais il y a un côté quand même de ça qu’on peut pas…

[YOURI] Malheureusement, on peut pas passer à côté. Quand t’as pris la démarche dans laquelle je suis, c’est à dire d’essayer de jouer devant le plus de personnes possibles, et de plaire aux gens et aussi de déplaire à d’autres personnes, ben t’as pas le choix que d’aller vers tous ces gens-là. L’important c’est de pas faire de gros compromis quoi. Il faut faire des conciliations, mais pas des gros compromis, de garder la direction artistique qui te permet de faire les chansons que tu veux, d’enregistrer avec qui tu veux, d’aller vers qui tu veux, d’avoir la liberté de tout ce que tu veux et que eux gèrent tout le reste, la promotion, tout. On verra.

[CATH] Cool. Et comment tu te prépares un déménagement, un déracinement de ta vie entière ?

[YOURI] Ben c’est pas tellement compliqué parce que ça fait un an et demie que j’ai plus de maison, donc j’habite partout et n’importe où quoi. J’ai un van, quand je suis en France j’ai plein d’amis partout maintenant donc je suis un peu éparpillé, puis la plupart du temps je suis un peu nul part quoi. Ça sera pas très compliqué de venir ici, je vais mettre tout dans des valises, chercher un endroit où habiter, j’ai des amis qui se sont installés ici donc on va prendre quelque chose ensemble, je trouverai un petit travail, deux, trois petits travails, voilà ! Je vais pas venir avec toutes mes affaires, mes meubles -

[CATH] Tes meubles de jardin…

[YOURI] Ben ouais [rires] … J’ai vendu mon appartement, ma voiture, j’ai acheté un van…

[CATH] C’est cool…

[YOURI] Ouais, je sais que j’ai une chance incroyable – en France il y a même pas cinq bands qui font ce que je fais, qui jouent tout le temps et les gens prennent pas… Je sais pas si c’est un manque de courage ou de temps, les gens prennent pas l’occasion de le faire, quoi. Dommage.

[CATH] Ici sérieux, ça pullule…

[YOURI] Ah ben ouais, et c’est bien. Mais en plus la différence c’est que les jeunes le font parce qu’ils ont vingt ans – moi je suis un peu plus vieux que ça, c’est différent quoi…

[CATH] Ben là, tu te promènes pas avec une canne encore!

[YOURI] Non! J’ai même pas trente ans ! [rires] C’est juste que c’est différent, tu peux faire ce choix-là quand t’as vingt ans et t’as rien fait et te dire c’est pas grave, je reprendrai les études après, mais moi j’ai sacrifié mon boulot, j’ai sacrifié ma vie sentimentale, ma vie professionnelle – tout d’un coup quoi. Mais bon, c’est cool!

[CATH] C’est fort, quand même… Félicitations !

[YOURI] Ouais! Ben je savais ce que je faisais…ou pas ! [rires]

[CATH] Et ça te fait comment être sur un stage tout seul comme ça – Ça a pas l’air de te déranger tellement…

[YOURI] Rien, rien du tout. Parce que bon, si je me trompe, ben c’est ma faute. Si ça va pas, c’est que j’ai pas assez travaillé. Si je fais une fausse note, c’est que ça devait venir ou que je suis malade. De toute façon, je peux pas m’en vouloir, c’est comme ça quoi. C’est pas une fatalité quoi. J’essaie de beaucoup répéter, de beaucoup jouer, et puis après ça reste un échange quoi. Toi tu chantes et il y a des gens qui sont en face; les gens pourraient être à ta place et toi regarder – la seule différence c’est que toi t’as un micro, et qu’eux ils t’écoutent. Je serais plus mal à l’aise avec des gens d’un groupe à me dire ah! le guitariste a fait une fausse note – qu’est-ce que je vais faire? Là, je me trompe et ben ouais, je me suis trompé… Je suis humain, quoi! Désolé – ça arrive.

[CATH] Tu vois ça où dans cinq ans, dix ans ton truc ?

[YOURI] On a essayé avec Guillaume de travailler une espèce de mini plan de carrière, au moins de voir à moyen terme ce qu’on pourrait faire – ou ce qu’on voulait faire, surtout. On s’est dit quatre albums, et dans quatre albums on verra. Don j’ai le temps. Comme c’est un album tous les ans et demi…

[CATH] Tu vois assez loin pareil…

[YOURI] Ben euh je vais prendre le temps de le faire, quoi. Là j’en ai fait un, considérons que le prochain il va compter pour un demi, on verra quoi. Et si d’ici là vraiment je suis ruiné, ça plaît à personne, j’ai perdu huit cent kilos et j’ai fait quarante millions de kilomètres, je me poserai des questions.

[CATH] Ça sera à reconsidérer…

[YOURI] Mais bon on verra. J’ai la chance pour l’instant de faire un truc qui me plaît, d’avoir des gens qui me soutiennent, des gens qui viennent au shows – même des fois j’ai joué devant deux personnes et ils ont acheté deux CDs, deux t-shirts, deux badges, ils ont tout acheté ; je me dis que si j’arrive à faire ça et que ça plaise – parce que quand ils achètent c’est pas purement mercantile, c’est pas que du merchandising, tu vois ils achètent pas pour me faire plaisir. Ils vont pas dépenser cinquante dollars juste parce que je suis sympa. Mais si j’arrive à faire ça, j’ai réussi cent pour cent des choses quoi. Enfin on verra…. Quand je serai plus vieux et que je me promènerai avec une canne !

[rires]

[CATH] Cool… ben je pense que ça fait pas mal le tour de mes millions de questions…

[YOURI] Moi je pense que tu vas t’éclater à transcrire tout ça!… dix huit jours plus tard…

[rires]

[CATH] Ouais, avec le White Zombie dans le fond en plus… ça va être beau.

[YOURI] Ça va être super sympa !

Un merci énorme à Youri et à Guillaume pour leur temps, leur disponibilité et pour le simple fait qu’ils soient les deux personnes les plus authentiques que j’ai eu le plaisir de rencontrer cette année…



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