La Descente Du Coude (29 mai 2008)


Entrevue de Dave avec Simon

Nous nous sommes entretenus avec le chanteur de la formation montréalaise cette semaine afin de faire le point sur ce groupe qui est né des cendres de SUCK LA MARDE et GUERILLA. Voici un entretient des plus intéressant avec un poète qui se présente sous la couverture d’un chanteur.

[DAVE] : LA DESCENTE DU COUDE existe maintenant depuis plusieurs années. Est-ce que vous pouvez me dire pour commencer comment le groupe s’est formé?

[SIMON] :
SUCK LA MARDE était mort depuis quelques mois. Je flirtais avec l’idée de jouer en solo mais le plaisir de faire parti d’un groupe me manquait trop. Alors j’ai parlé avec P-O, un ami d’enfance, de la possibilité de faire quelque chose avec lui et vite, on est tombé sur André-Guy comme complice potentiel. On a commencé comme ça, puis, après quelques essais de batteurs, on a du se résoudre à prendre Normand, ex-GUERILLA. Je rigole.

[DAVE] : Est-ce que le line-up a beaucoup changé au fil des ans?

[SIMON] :
Normand a changé de drum mais le groupe a gardé le drummer.

[DAVE] : Vous venez de lancer un tout nouvel album intitulé Coup De Foudre. D’où vient le nom?

[SIMON] :
D’une émission de télé canon qui faisait des ravages alors que nous étions encore trop innocents pour jouer à la bouteille. J’adorais le moment où on retirait le mur séparant les hommes des femmes, et où, par un subtil jeu de dépistage phéromonal, le candidat devait associer un corps à la voix qui l’avait jusque-là ravi. De l’instinct pur. C’est un peu ce qu’on fait aujourd’hui avec ce disque; on dévoile notre vrai visage. On avait jusque-là seulement donnée à entendre notre voix. Il s’agit maintenant d’un corps entier. À prendre ou à laisser.

[DAVE] : Quelles ont été vos inspirations pour écrire les pièces tant au niveau musical que littéraire ou autre?

[SIMON] :
On a voulu simplifier les formes, autant au niveau musical que textuel, y aller avec des lignes mélodiques plus franches, accouplées de textes plus palpables, ou plus lisibles, si on veut. La musique s’est donc constituée en grande partie individuellement. Généralement, André-Guy ou moi amenions des chansons aux structures plutôt établies et on travaillait en groupe pour les arrangements. Pour les textes, c’est moi qui amène tout. J’avais surtout envie d’y aller plus ludiquement, de donner à la verve politique un autre visage, de le maquiller, le dissimuler sous couvert. Plutôt que de frapper directement là où ça fait mal, il s’agit maintenant plus d’y aller en douce, en partant de ma réalité quotidienne. C’est la forme que j’ai voulu donner à mon engagement, un engagement de soi dans la musique et dans l’écriture. Quelque chose de l’ordre du particulier qui rejoindrait l’universel.

[DAVE] : Quelles sont les différences entre cet album et Croyez-moi, Ça fait mal!?

[SIMON] :
Le temps a fait beaucoup de choses. Il nous a adouci, assagi aussi, peut-être. Donc on crie moins, laisse tomber les tours de force progressifs au profit e chansons plus cohérentes, un brin plus assurées. La réalisation de Marc-André Beaudet est aussi largement supérieure pour Coup de foudre. Le temps lui a aussi profité.

[DAVE] : La musique est aujourd’hui plus douce que par le passé. Était-ce voulue lorsque vous avez commencé à enregistrer l’album?

[SIMON] :
Disons que le son aujourd’hui nous correspond beaucoup plus que ce qu’on faisait avant.

[DAVE] : Vous produisez toujours des pochettes très intéressantes et uniques. Qui les a imaginées et pourquoi est-ce important pour vous?

[SIMON] :
Ici, c’est à Alice Jarry qu’on doit les éloges. C’est une jeune artiste très douée, avec qui il a été agréable et assez facile de travailler. Disons que la couverture d’un disque, c’est comme un ultime polissage, c’est ce qui clôt un travail de longue haleine, faut que ça rende justice au tout. Et là, c’est particulièrement réussi.

[DAVE] : Les paroles des chansons et des textes écrits par Simon sont toujours très imagées. D’où vient ce style d’écriture assez unique à Montréal?

[SIMON] :
Du plaisir à jouer avec la langue, de la creuser pour y découvrir des secrets et pour en semer d’autres. Je ne sais pas jusqu’à quel point ce que je fais est unique mais il y a, il y a eu et il y aura de grands et de petits poètes, à Montréal et ailleurs, qui ne demandent qu’à être lus. J’imagine que j’ai un certain privilège dans le fait de pouvoir allier ma parole à de la musique, ça ouvre mes textes à un certain public souvent encore trop jeune pour s’intéresser de soi à la littérature. Il y a là un esprit de transmission qui me plaît bien. J’aime croire que mon écriture ouvre à la découverte d’autres auteurs et qui sait, amène certaines personnes à écrire à leur tour. Ça donne un sens à ce que je fais.

[DAVE] : Est-ce que le choix d’une compagnie de disque change beaucoup de choses dans la vie d’un groupe selon vous de nos jours?

[SIMON] :
Oui. On a un support incroyable de la part de GB/DTC, ce qui fait qu’on a la chance de se concentrer exclusivement sur la musique. C’est énorme, surtout si je pense à ma copine qui est chorégraphe et qui doit lutter doublement, sur son travail de création, mais aussi sur toute la dimension organisationnelle, que ce soit de trouver des locaux de répétition, des salles pour présenter ses spectacles, le financement pour payer ses interprètes, etc.

[DAVE] : Après toutes ces années dans le monde de la musique, êtes-vous découragé par le mercantilisme du milieu? Que pensez-vous de la scène musicale québécoise?

[SIMON] :
Je serais curieux de t’entendre développer sur ce que tu entends par mercantilisme. Je pense qu’il y a une vision distorsionnée de la réalité culturelle au Québec. En réalité, il manque grossièrement d’argent pour faire vivre les artistes d’ici. Les rares groupes que je connais qui sont en mesure de vivre de leur musique n’en mènent pas si large qu’on pourrait se l’imaginer. Les gars des SAINTE CATHERINES, quand ils ne sont pas en tournée, doivent tous travailler pour arriver. MALAJUBE marche bien pour le moment, mais rien n’assure véritablement leur avenir. Quant à nous, avec LA DESCENTE, ce serait de se compter des blagues que de croire qu’on puisse se contenter du groupe pour manger. Un 500$ pour un show, ça peut paraître gros sur le coup, mais divisé en quatre, moins le gaz et la location d’une van, c’est pas tant que ça. Au bout du compte, si tu comptes le temps de pratique, et tout l’investissement qu’il y a dans la composition de chansons, on est très en deçà du salaire minimum. C’est très précaire en réalité.

[DAVE] : Aviez-vous des objectifs quand vous avez commencé à jouer de la musique? Pensez-vous qu’il est encore possible pour des groupes indépendants de vivre de leur musique au Québec en 2008?

[SIMON] :
Mon objectif est de faire mûrir le groupe encore pour quelques albums. J’aime bien l’esprit qu’il y a dans le band, la communication ouverte. Je pense qu’on peut encore faire de très bonnes tounes ensemble. Pour ce qui en est de la deuxième partie de ta question, je pense y avoir répondu précédemment. Il faut aussi se demander ce que l’indépendance veut dire. Dans notre cas, je trouve qu’on est assez bien soutenu alors faudrait voir ce que tu entends encore par là.

[DAVE] : Il semble de plus en plus dur d’organiser des spectacles dans des salles all-ages. On annonçait récemment l’ouverture prochaine d’une salle mais est-ce un handicap pour vous en ce moment?

[SIMON] :
Je ne sais pas trop. La plupart du temps, c’est vrai, on joue dans des bars et à vrai dire, on se ne pose jamais vraiment la question.

[DAVE] : Comment utilisez-vous les nouveaux médias pour promouvoir et faire passer la bonne nouvelle de LA DESCENTE DU COUDE?

[SIMON] :
On fait un peu comme tout le monde, on a une page web, quelque chose sur MySpace, qui me paraît par ailleurs un assez intéressant outil de travail, une bonne vitrine, facile à consulter et tout. Sinon, il y a des entrevues comme ici. Mais si je peux me permettre, quoique j’aime bien écrire et réfléchir avant de répondre, je trouve la formule d’entrevue par web un peu plate. Tu vois (à qui je m’adresse là?), il y a quelques questions qui ne m’apparaissaient pas très claires, mais il n’y avait personne pour clarifier. Un petit coup de téléphone parfois, ça fait pas de mal.

[DAVE] : Si vous deviez organiser un spectacle bénéfice, quelle serait la cause défendue et qui inviteriez-vous?

[SIMON] :
On a joué il y a quelques semaines dans une soirée populaire, organisée par un groupe de travailleurs je crois, à la tendance socialiste, avec Amir Khadir, Gaétan Breton et autres. Le tout était au profit de Québec Solidaire avec qui je suis assez largement d’accord sur les questions sociales. Sinon, on a joué pour l’ASSÉ dans le passé. Disons que ce qui est de gauche, gauche radicale me plaît assez bien. Mais on ne carbure pas trop aux soirées bénéfices, qui ne sont pas toujours les plus plaisantes au niveau de l’énergie. Il y a souvent une certaine froideur, une tension entre la volonté politique des uns et le désir de s’éclater des autres. C’est un peu triste parfois.

[DAVE] : Quels sont vos plans pour l’année à venir?

[SIMON] :
Une rentrée culturelle béton!

Merci à Maude de GB/DTC sans qui cette entrevue n’aurait pas eu lieu.



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