Bedouin Soundclash (28 décembre 2005)



« On a pensé faire un truc un peu différent. »

Bien qu'ici, Eon parle de leur reprise de la chanson Why Don't We Do It In The Road des BEATLES – préparée spécialement pour une compil à laquelle la BBC leur a demandé de participer – voilà une phrase qui pourrait s'appliquer à bien des choses concernant BEDOUIN SOUNDCLASH. En fait, le seul mot différent revient plus d'une douzaine de fois à l'intérieur de cet entretien d'une quinzaine de minutes. Le trio torontois en a fait plus d'une à sa façon depuis leur formation il y a cinq ans, y compris de propager leur mélange hétéroclite (mais oh si cohésif) de reggae-soul-rock-ska-punk-etc d'un bout à l'autre du continent – et même plus loin encore. « La façon dont on perçoit les choses est la suivante: personne n'est mieux placé que nous-mêmes afin de veiller à nos affaires; nous nous sommes énormément investi dans ce groupe, dans notre musique et dans nos tournées – nous avons tout fait nous-mêmes, » poursuit-il.

L'année 2005 fut particulièrement prolifique pour le groupe, qui a vu son single When The Night Feels My Song envahir les radios et chaînes de télévision, allant même jusqu'à se faire entendre dans une bande annonce pour Zellers. Par contre, le groupe ne craint aucunement de se faire coller une étiquette à cause de cette chanson, qui n'est en fait qu'une des multiples facettes de leur musique. « Je crois que ça arrive souvent qu'ungroupe se fasse catégoriser de la sorte, mais que ça n'a pas forcément besoin d'arriver, » poursuit Eon. « On verra bien. Nous venons tout juste de lancer Shelter et cette chanson commence à jouer à la radio [...] Les gens qui nous ont connu avant ça, ou encore qui ont une meilleure idée de notre cheminement, savent que When The Night Feels My Song n'est seulement qu'un côté de notre musique. Ça sera intéressant de voir comment les gens qui ne nous connaissent seulement que par la bande annonce de Zellers, ou encore par la télévision ou la radio, réagiront rapport à Shelter. Ça en dira beaucoup. Je crois définitivement qu'on est capable de dépasser le point où on se fait catégoriser par un single – à moins que les gens ne continuent à dire qu'on est seulement un groupe de reggae. Quoi qu'il en soit, je pense que les gens diront toujours ça à propos de nous, même si ce n'est pas forcément vrai. Les racines de notre musique sont basées dans le reggae, mais nous ne sommes pas un groupe reggae. Et pas non plus un groupe ska ou soul ou punk ou rock, mais plutôt tout ça en même temps. À différent moments, on paie hommage à tous ces styles de musique de façon appropriée ce qui fait qu'on a véritablement l'impression de produire quelque chose de différent. »

BEDOUIN SOUNDCLASH a vue le jour à l'époque où Pat, Jay et Eon étaient à l'université. « Moi j'étudiais en Éducation, Pat en Sciences Politiques et Jay en Beaux Arts, » explique Eon. Le groupe s'est fait repêcher par le label local Stomp Records peu de temps après la parution de son premier opus, Root Fire. «Nous avons sorti Root Fire par nous-mêmes, on en a imprimé mille ou deux milles copies. On a fait un lancement d'album et on en a vendu pas mal, » se remémore-t-il. Un mec, qui était à l'école avec les membres du groupe, aurait fait voyager ce petit bijou de Tonronto à Montréal, où il serait abouti entre les mains de Matt Collyer par l'entremise d'un journaliste-reviewer. Quand on lui pose la fameuse question portant sur la façon dont ils ont tous les trois réussi à s'en tirer à jongler entre études et musique, Eon explique: « C'est un peu comme faire partie d'une équipe sportive ou d'un club quelconque; il faut savoir faire un équilibre entre les activités parascolaires et ce que tu fais à l'école. Nous avons tous pris part à ce genre de choses au secondaire et au primaire alors on était habitués – c'était pas si difficile. »

Mais pour en revenir à leur association avec Stomp...« Matt nous a envoyé un courriel et a dit: « Nous aimons beaucoup cet album, avez-vous besoin d'un coup de main ? » Et alors on a dit... bien sur! » C'était un Jay quelque peu euphorique qui racontait à la foule passablement affectée du Club Soda le 15 décembre dernier comment Stomp avaient été les premier à reconnaître le talent de BEDOUIN SOUNDCLASH. Le label leur avait donné leur toute première chance. Depuis ce jour, les choses ont véritablement décollé pour le groupe. D'une part, c'est leur gérant à l'époque, Paget Williams, qui les avait mis en contact avec Darryl Jennifer des BAD BRAINS, qui a produit le formidable Sounding A Mosaic paru en 2004. Le groupe a de nouveau choisi de travailler avec Jennifer pour l'album qui sera la suite logique de Mosaic: « L'album doit être masterisé. Ça va s'appeler Street Gospels, et ça ne verra pas le jour avant la fin de l'année prochaine. Nous avons terminé l'enregistrement en février dernier, Darryl a travaillé avec nous de nouveau, c'était incroyable. » On retrouvera sur Street Gospels une contribution de Mark Ramos-Nishita alias Money Mark, mieux connu grâce à ses contributions au sein des BEASTIE BOYS, aux claviers – une autre association née des merveilleux contacts de Page.

L'étiquette qui endossera cette nouvelle parution demeure à ce jour inconnue. Bien sur, on aimerait tous voir le logo de Stomp à l'endos de Street GospelsEon également. « Pour l'instant, l'album n'est pas sur aucune étiquette. On ne sait pas ce qui va en advenir, on prend ça au jour le jour. Mais la possibilité [que ça sorte sur Stomp Records] existe – ça serait très bien, on aimerait ça. On verra. » Le groupe a signé une entente avec le label américain Side One Dummy au printemps dernier. « On avait besoin d'un label pour promouvoir [Sounding A Mosaic] aux États-Unis car Stomp n'as pas a même présence là-bas qu'ici. On a eu un lien [avec Side One Dummy] par l'intermédiaire de Kevin Lyman le fondateur du Warped Tour, qui est également impliqué avec Side One – il adore notre musique, il nous a aidé entre autres à faire partie de la tournée l'été dernier, » raconte Eon. En effet, BEDOUIN SOUNDCLASH ont passé l'été à bord de ce cirque qu'on appelle communément le Warped Tour, une expérience qui a laissé sa marque sur le bassiste. « C'était une tournée très plaisante et on a rencontré des gens très bien, on est devenu amis avec les gars de BIG D AND THE KIDS TABLE, on a rencontré les mecs de TRANSPLANTS et bien d'autres gens sympa. Ouais... Le Warped Tour... On ne fera plus jamais cette tournée en entier – je ne voudrais pas refaire cette tournée au complet! [rires] Vraiment, je ne le ferais pas! [rires] On pourrait en faire certaines parties, mais plus jamais du début à la fin. [...] C'est pas nécessairement parce que tu passes ton été au complet à ne faire que ça, mais c'est plutôt le fait que c'est une tournée très exigeante. On ne se confond pas très bien dans la clique non plus alors on n'en tire pas autant profit que tous ces autres groupes. Si on était un groupe emo ou quelque chose du genre – là on pourrait aller voler une tonne de fans très facilement. Le fait qu'on soit une formation si différente musicalement parlant a certainement joué en notre faveur dans le sens où ça nous a permi de nous démarquer, mais la plupart des gens qui viennent à ce festival ne sont pas nécessairement présents pour y trouver un groupe comme le nôtre. On se sent plus à l'aise au sein d'un festival comme Coachella, où une multitude de styles sont confondus. » Malgré tout, le groupe a obtenu une réponse plutôt positive aux États-Unis. « Il y a certaines villes où on savait que ce qu'on offrait était beaucoup trop aliénant pour le public et où c'était réellement étrange, comme dans le midwest et des états comme le Montana ou encore à Boise en Idaho – ce sont des places où les gens n'ont même pas encore entendu parler de ce qu'est le reggae.. du moins c'est l'impression qu'on a eue... [rires] D'un autre côté, il y a ces endroits comme la côte californienne, la Floride et le Texas où c'était vraiment très bien. » Mais c'est à la maison qu'on se sent toujours le mieux... « Nous avons beaucoup joué au Canada, nous avons plus de fans ici alors ça rend les choses un peu plus faciles; les spectacles à Montréal et à Québec étaient mémorables. »

BEDOUIN SOUNDCLASH étaient aux côtés de STREETLIGHT MANIFESTO lorsque ces derniers se sont fait voler tout leur équipement à l'automne dernier. En cinq ans d'exsitance, le trio torontois n'a toujours pas rencontré d'obstacles majeurs sur son chemin, du moins rien de comparable à l'épreuve qu'ont subi leurs compatriotes de STREETLIGHT à plus d'une reprise cette année. « C'est certain qu'on a rencontré quelques pépins, mais rien de vraiment très sérieux. Nous avançons toujours de façon prudente dans cette histoire [...] Il y aura toujours de légers tracas en tournée et autres problèmes à organiser et coordonner des événements, mais somme toute on a été plutôt chanceux, » affirme Eon. BEDOUIN SOUNDCLASH est un de ces groupes qui ont un plan de match bien établi depuis le jour J et qui le suivent à la lettre depuis, pour enfin savourer les fruits de leur intense labeur. « L'année 2005 a été complètement démente, nous avons joué au delà de trois cent spectacles. C'était fou, complètement fou... » À peine de retour d'une tournée qui les a vu se produire à guichets fermés d'un bout à l'autre du Canada, le trio prend donc une pause exagérée de deux semaines complètes avant de repartir pour l'Angleterre en janvier avec les MAYTONES en première partie, histoire de satisfaire à la demande de quelques autres milliers de fans assoifés. Mais les chiffres semblent être une des dernières choses qui importent à Eon – sa définition du succès ne se mesure pas en fans ou en tirages d'albums. « Je crois qu'on aurait réellement réussi en tant que groupe si on arrivait à apporter un certain changement dans la façon dont la radio, la télévision et l'industrie musicale en général perçoit les groupes et les individus qui s'efforcent d'offrir un produit différent. Il y aura toujours des trucs originaux et de ces gens qui présentent les choses sous un angle nouveau, mais ce petit noyeau du mainstream demeure perpétuellement le même: il y aura toujours un groupe rock et un groupe hip hop et... on n'accorde pas d'attention à un groupe qui mélange et confonds les styles pour faire quelque chose d'unique. Ainsi, si on arrivait à changer la perception qu'à le mainstream à un point où ces groupes qui font de la musique vraiment inéressante pourraient en arriver à recevoir le même genre d'attention que celle que nous avons reçue, alors à ce moment-là je dirais qu'on a vraiment accompli quelque chose. »

Merci à Cristina de Listen Harder, sans qui cet entretien ne se serait pas matérialisé, ainsi qu'à JF de chez Universal Records.



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