Sidharta (05 avril 2008)


Entrevue de Dave avec Ouragan Jacquier

Le groupe SIDHARTA a pris sa destinée en main il y a quelques années et nous offre maintenant des prestations live bien montées en plus d'un EP Rendez-Vous. Voici le fruit de notre rencontre avec un membre du groupe.

[DAVE]: Pour commencer, pourrais-tu présenter le groupe en nous disant de qui il est composé et depuis quand il existe?
[OURAGAN]
: Le groupe SIDHARTA est un trio avec un drum joué par Marc Dupuis, une basse et Ouragan Jacquier à la guitare et au chant. Cela fait peut-être trois ans et demi que le groupe existe. Il y a eu plusieurs versions du groupe en fait…

[DAVE]: En effet, je voyais des démos qui remontaient à 2001…
[OURAGAN]
: En fait, j’ai toujours appelé mes projets SIDHARTA. Cela fait que c’est un nom qui est passé par l’Europe, le Canada, par plein de formes différentes. Mais là cela fait deux ou trois ans que c’est vraiment sérieux.

[DAVE]: Donc les gens ont changé dans le groupe, est-ce que le style a changé lui aussi?
[OURAGAN]
: Nous restons toujours dans la même optique. Mais au départ c’était peut-être plus directe au niveau musical avec un punk très rapide et au fur et à mesure cela a évolué vers du rock alternatif de plus en plus développé avec des séquences d’improvisation et des structures de chanson de plus en plus élaborées. C’est normal, car un groupe se doit d’évoluer.

[DAVE]: Je t’écoute parler de rock alternatif et il me semble que plus personne aujourd’hui ne parle de ce type de musique, cela fait très années 90. On dirait que les gens ont peur du mot alternatif de nos jours. Pourquoi est-ce que toi tu l’utilises?
[OURAGAN]
: Je pense qu’il ne faut pas avoir peur des influences qu’on a et il ne faut pas s’en faire d’autres non plus. Je pourrais dire qu’on est emo glam mais cela ne marcherait pas. On a un groupe qui mélange beaucoup de choses comme les PIXIES, BLACK SABBATH. Donc l’alternatif pour moi représente une alternative à ce qui existe déjà. Donc c’est là qu’on fait du rock alternatif tout comme le punk et le hardcore l’était avant. Tout est alternatif tant que tu n’as pas décidé de te mettre dans une case.

[DAVE]: Depuis les 7 dernières années, vous avez lancé 6 ou 7 démos, EP, etc…
[OURAGAN]
: Oui et bien en fait au début on a rien lancé, c’était vraiment juste le début du groupe et on ne faisait que pratiquer. Après trois et demi on a lancé un démo qu’on faisait juste tourner comme cela. Il n’y avait rien d’officiel jusqu’au premier EP qui s’appelait Sid Matter. Et ensuite, après avoir tourné aux États-Unis, en Europe et au Canada, on a décidé de faire un vrai EP qui allait être vraiment bien produit et qui allait marcher avec l’évolution du groupe. Donc cela veut dire plus de production et un son plus propre pour le faire jouer plus fort. C’est notre premier vrai CD avant un album qui sera encore différent j’espère.

[DAVE]: Tu parles de votre album qui est sorti à la fin de 2007 sur Addictive Records. Pour ceux qui ne connaissent pas l’étiquette, quel genre de compagnie est-ce et comment êtes-vous entré en contact avec elle?
[OURAGAN]
: Notre management avait organisé un showcase parce que Addictive Records nous avait contacté 6 mois avant en disant qu’ils aimaient la musique et qu’ils voudraient nous voir jouer alors nous avions organisé un showcase pour plusieurs labels. Ce sont eux qui nous ont le plus accrochés et qui ne nous ont pas lâchés alors on s’est dit que ce serait bien de sortir un EP avec eux. Comme toutes les compagnies de disques, ce n’est pas forcément le paradis tout le jour. L’industrie de la musique est devenue un peu bizarre parce que les labels ne se préoccupent plus trop de s’occuper de leurs groupes. Ils te demandent un produit fini qu’ils distribuent ensuite. Aujourd’hui elles ne t’aident plus à faire ton CD elles t’aident à le distribuer. Plus cela va aller, plus cela va aller vers trouver des cercles de distribution et plus les compagnies de disque.

[DAVE]: Finalement, ils achètent un produit qu’ils redistribuent.
[OURAGAN]
: Bien sûr, toutes les compagnies sont pareilles. Même quand tu es signé sur le label officiel comme Universal ils ne font rien. Ils te demandent d’apporter un produit et s’ils aiment le son ils disent ok pour le distribuer et c’est là que c’est intéressant parce que tu as une distribution que tu aurais pas ailleurs. Au final, ils t’aident quand même à avoir l’opportunité de dire aux gens si tu es à Trois-Rivières qu’ils peuvent acheter ton CD au HMV, même chose à Toronto. C’est ce que cela apporte.

[DAVE]: Quelles ont été influences pour l’album au niveau musical ou autres?
[OURAGAN]
: C’est intéressant parce que nous sommes passés par différents modes d’influences. Les grosses influences c’est le dadaïsme, le néo-réalisme, tout ce qui est un petit peu étrange comme la pochette avec des sardines dans une voiture de Barbie. C’est un peu bizarre, mais en même temps je voulais une pochette qui change d’un groupe sur un fond noir qui fait très méchant. Même les vidéos des années 80 qui sont très poches mais comparés à ce qui se fait aujourd’hui c’est beaucoup plus créatif. Il y a comme une sorte d’imagerie musicale. Si on revient plus près des influences, il y a eu du BLACK SABBATH, du LED ZEPPELIN, FUGAZI beaucoup aussi. Il y a vraiment deux groupes avec d’un côté la musique lourde et de l’autre l’indie et l’alternatif. Et c’est sans oublier les PIXIES.

[DAVE]: Donc relativement peu d’influences récentes finalement?
[OURAGAN]
: Si ,aussi , puisque on nous rattache souvent à QOTSA , PIXIES , SONIC YOUTH ou REFUSED. Récent ou pas, le rock est un ensemble de choses qui se rassemblent mais ne se ressemblent pas. Dès fois on a des trips vraiment étrange, comme l’autre fois on écoutait le vidéo du gars qui a inventé la machine qui fait du bruit quand tu approches ou tu éloignes ta main et on a tripé pendant deux heures là-dessus donc ça peut vraiment varier…

[DAVE]: Comment l’album a-t-il été reçu par les fans et les critiques?
[OURAGAN]
: L’album a vraiment bien été reçu surtout pour un EP, ce n’est pas un maxi et ce n’est pas un format qui se fait beaucoup. En fait, c’est comme quand tu as faim et que tu manges un petit quelque chose. Cela t’ouvre l’appétit. Et c’est un peu pareil parce que cela crée beaucoup d’engouement parce qu’on a encore beaucoup de morceaux qui sont enregistrés et qui doivent aller sur l’album et avec cela il y a cinq chansons vraiment différentes et les gens finissent par demander qu’est-ce que ça pourrait donner encore plus de chansons, encore plus différentes. On recoit beaucoup de bonnes critiques sur l’album et beaucoup d' enthousiasme a propos de notre musique. Les fans nous parlent souvent de notre drive et de leur attachement à SIDHARTA. Ils savent qu'on ne veut pas se faire passer pour d'autres. Certains nous disent aussi que cet album nourrit leur faim d'autre chose, ce qui est très motivant pour nous. En général c’est très bon et des gens en Europe et au Japon le commandent. Et plus les gens l’écoutent, plus les gens l’aiment et c’est un signe qu’on a gagné en maturité depuis notre premier EP.

[DAVE]: Tu me parles des gens en Europe alors je me demandais est-ce que vous venez d’Europe?
[OURAGAN]
: En fait, c’est un groupe international parce qu’il y a des personnes viennent d’Europe, moi c’est là que j’ai commencé. J’ai joué dans plusieurs pays, j’ai joué avec des gens différents, j’ai enregistré des choses différentes même si j’ai la double nationalité canadienne et française. Il y a aussi des musiciens qui viennent d’ici et d’Ontario donc cela dépend de la manière que tu veux le voir mais nous nous disons que cela nous permet de voyager et d’aller jouer en Europe. Cela est une chance que nous avons car nous ne sommes pas limités à une scène mais nous sommes plus un électron libre qui joue quand il veut comme il veut. On ne se préoccupe pas vraiment du reste.

[DAVE]: Est-ce que le message prend le dessus dans vos spectacles ou est-ce que l’entertainment est le plus fort?
[OURAGAN]
: Nous ne sommes pas vraiment un groupe de principes. J’admire les groupes comme RAGE AGAINST THE MACHINE ET NOIR DÉSIR qui ont un message derrière. Ce n’est pas notre cas. Je ne dirais pas que nous ne sommes que de l’entertainment non plus. Je dirais que les sujets sont plus humains. Cela peut parler du viol comme cela peut parler d’aller se promener sous un arbre bleu alors que tous les autres sont verts et se demander pourquoi celui-ci est bleu? C’est assez gainsbourgien nous façon de voir les choses. C’est peut-être un peu ironique mais aussi social et humain. Cela dépend des jours et des compos mais on n’a définitivement pas de message à passer autre que d’être ce qu’on aime.

[DAVE]: Est-ce que vous êtes un groupe qui est souvent en tournée?
[OURAGAN]
: Nous venons de commencer notre tournée nationale. Pour nous c’est la meilleure façon de se faire connaître. Dès qu’on peut être en tournée, on le fait. On devrait être parti jusqu’en octobre et chaque mois on devrait être parti deux ou trois semaines tout dépendant. La tournée c’est vraiment important pour rencontrer les gens. Dans des gros pays comme le Canada et les États-Unis, tu n’as pas d’autres choix que d’aller tourner beaucoup. Les distances sont très grandes. On aime bien aussi que les gens aient la chance de nous voir live car nos prestations sont très différentes du CD. Les deux se complètent. On ne veut pas que les gens pensent qu’on ne fait que jouer le CD. La tournée c’est ce qu’il y a de plus important pour nous.

[DAVE]: Qu’est-ce qui vous motive à monter sur scène soir après soir?
[OURAGAN]
: C’est le fait qu’on ne veut pas rentrer à la maison et travailler! On travaille fort pour cela donc on n’a pas vraiment besoin de motivation – c’est ce pour quoi on travaille tous les jours.

[DAVE]: Est-ce que vous trouvez que c’est difficile de percer à Montréal?
[OURAGAN]
: La scène est assez complexe. Tu as la scène anglo et la scène franco. Tu as l’impression que les groupes ne se mélangent pas vraiment. On va jouer avec un groupe franco pour la première fois qui a une certaine popularité. C’est très rare que les deux scènes se marient. Par ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a une certaine pop au sensationnalisme exacerbée qui fait que si tu n’es pas un band qui joue du indie comme tout le monde veut que le indie soit soit en tapant dans des casseroles et en jouant de la trompette en même temps ce n’est pas cool. C' est un peu spécial car on fait partie de ces groupes rock alternatif qui n'ont pas vraiment de scène, mais on ont su se créer un publique qui s'agrandit parce qu' on considère que tout le monde est le bienvenue. Mais partout où on va , on reste un band montréalais.

[DAVE]: Tu parlais de scène franco et anglo. Pourquoi est-ce que vous chantez en anglais? Est-ce plus facile de percer en anglais?
[OURAGAN]
: Je pense que c’est une question de choix. Tu dois prendre la langue dans laquelle tu es le plus à l’aise. Moi je me sens plus proche de la culture anglaise donc je préfère m’exprimer dans cette langue là. C’est une question que je ne m’y connais pas assez dans la culture francophone pour m’exprimer dans cette langue là. C’est une langue que je maîtrise bien et si je la maîtrisais pas, je chanterais en français. Mais je crois pas que la langue fait que tu signes ou non ou que tu fonctionnes ou non. Tu peux chanter en mexicain ou en japonais mais l’important c’est ce que tu fais de ta langue. Je trouve cela dommage que des groupes qui ont une culture fermement française chantent en anglais alors qu’ils ont bien des choses à exprimer.

[DAVE]: Comment utilisez-vous les nouvelles technologies pour vous faire connaître? Que pensez-vous des téléchargements en ligne?
[OURAGAN]
: L’internet ne peut qu’aider le groupe à atteindre d’autres niveaux. C’est plus une question de se compléter que de la mort de l’un ou de l’autre. Je crois que le CD doit continuer d’exister parce qu’on a besoin d’un emballage physique. Ce qui est sûr c’est que l’artiste devrait faire plus d’effort pour délivrer un produit qui est mieux. Nous on a fait attention à ce que la pochette attire le regard, que quand on la regarde les gens disent ah oui, elle est cool! Dans les magasins c’est pareil. Des fois j’achète un CD juste pour la pochette sans savoir ce qu’il y a dedans. Les gens en ont besoin. Les groupes doivent faire plus d’effort pour offrir un package qui est plus beau plus étoffé. Si tu as beaucoup d’argent comme COLDPLAY ou METTALICA tu n’as pas d’excuse.

[DAVE]: Un peu comme NIN a fait récemment avec des paquets de luxe pour un prix de luxe aussi.
[OURAGAN]
: Exactement, on niveau de la production cela ne coûte pas vraiment plus chers mais les gens se disent qu’ils achètent quelque chose de spécial qu’ils ne pourraient avoir fait eux même. Souvent les gens qui ne veulent plus acheter de CD c’est parce qu’ils impriment la pochette sur un CD et c’est une copie conforme du vrai. Mais si tu as un package en métal que tu ne peux pas imiter, alors là c’est intéressant. L’internet et les téléchargements on ne peut pas dire qu’on est contre, c’est l’évolution mais je crois qu’il faut juste compléter les deux et non tomber dans le piège humain que si un arrive l’autre doit partir.

[DAVE]: Je voyais récemment un groupe qui proposait une version vinyle de leur album avec une copie digitale en prime.
[OURAGAN]
: Ça c’est cool! J’aimerais bien faire cela avec le l’album. Il y avait aussi THE NEW PORNOGRAPHERS qui vendaient leur album avec trois CDs vierges et un code pour télécharger trois sessions d’enregistrement qui ne sont pas sur le CD. Ce sont des manières de compléter au lieu d’exclure.

[DAVE]: Comme vous êtes un groupe international, quelle est votre ville préférée pour jouer (ou un top 2)?
[OURAGAN]
: Alors il y a San Francisco parce que les gens étaient sur une autre planète. On jouait dans un vrai show rock où les gens vivent l’instant au lieu de se demander si c’est cool ce qui se passe. Je le mettrai en numéro 2. Au numéro un je mettrais Portland et Montréal à égalité. On a un gros fan base à Portland et les gens sont d’une simplicité assez incroyable. On a réussi à jouer en une soirée parce qu’ils aimaient ce qu’ont jouait trois spectacles. Ils ont ouvert un club qui était fermé pour nous faire jouer un dernier spectacle dans la nuit et on a fini avec trois shows le même soir et c’était assez incroyable. Montréal parce qu’un mauvais show à Montréal il y a rien de pire et un bon show à Montréal il y a rien de meilleur. J’ai fait un top 3 avec un top 2 donc!

[DAVE]: Pour terminer, quels sont les plans du groupe pour l’avenir?
[OURAGAN]
: Là on va beaucoup tourner et on va rajouter des chansons du nouvel album au fur et à mesure donc c’est un bon argument pour venir nous voir jouer parce qu’il y aura toujours des nouvelles chansons mais là on va être en tournée jusqu’en décembre et ensuite on va enregistrer l’album donc pas d’album avant printemps/été 2009. On veut un vrai album qui marque vraiment le coup.

[DAVE]: Merci, donc un mot de la fin?
[OURAGAN]
: Les concerts sont sur notre MySpace. Il faut aussi aller voir le site de Peta. Je ne veux pas faire de propagande mais le site est intéressant. Il faut aussi soutenir Barrack Obama! Il faut aider aussi tout ce qui est la petite presse indépendante à survivre. Il faut aussi aller acheter des CDs, même si c’est pour ne pas s’acheter des cookies car c’est ça qui nous permet de fonctionner. MySpace c’est bien mais il faut continuer à avoir des gens dans le métier!



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