Smoke Or Fire (14 décembre 2005)



C'est facile de faire des entrevues. Faire de bonnes entrevues, par contre, c'est une autre paire de manches. Je vous mentirais en prétendant que, parfois, ça ne devient pas un peu répétitif à la longue, ou si je faisais semblant que j'ai toujours une folle envie de préparer une vingtaine de questions pour un groupe que je ne connais pas nécessairement si bien que ça. Oui, on baigne dans le milieu, mais on ne peut pas nécessairement tout savoir! Et puis c'est bien à ça que sert une entrevue - à mieux connaître un groupe, non? Bref, ça m’arrive quand même souvent de tomber sur des groupes pour lesquels les questions s'enfilent les unes après les autres. Mais ce qui fait réellement une bonne entrevue, c'est d'avoir quelqu'un de réceptif assis en face de vous, quelqu'un qui a réellement un message à communiquer et qui sache faire part de ses idées d'une façon intéressante.

AGAINST ME! et SMOKE OR FIRE possèdent un point commun qui dépasse le simple fait qu'ils soient tous deux réunis sous la tutelle de Fat Wreck Chords et qu'ils produisent de l'excellente musique. Pour ceux qui connaissent le moindrement AGAINST ME!, vous avez déjà un aperçu de leurs valeurs et leurs idées par le biais de leur musique, et vous vous doutez certainement que d'avoir le privilège de passer un moment à discuter avec Tom Gabel est une chose des plus spéciales. Ce mec en a tellement long à raconter et s'exprime d'une façon si évocatrice que c'est plutôt difficile de ne pas se sentir comme un pauvre abruti à ses côtés. Ce fut donc une surprise des plus agréables que de réaliser que Joe McMahon, chanteur-guitariste de SMOKE OR FIRE, ne laisse pas exactement sa place non plus, et ce à un point tel que je suis ressorti de la petite salle de l’arrière-scène du Club Soda avec un respect presque aussi important pour SOF que pour nos vénérés rockers de la Floride.

« J'ai grandi au Massachusetts, dans un coin où il n'y avait pas de spectacles ni de vrais magasins de disques; il n'y avait pas de scène punk non plus. J'ai découvert ce monde quand mon meilleur ami à l'époque s'est fait refiler une cassette d'OPERATION IVY par son oncle. Ça nous a mené vers d'autres groupes, comme FUGAZI » raconte Joe. C'est quand il est sorti de son bled perdu qu'il a réellement eu la piqûre. « Je suis déménagé à Boston en 97 et j'ai eu la chance de rencontrer plein de gens; je voulais acheter tous les disques qui me tombaient sous la main, aller voir tous les spectacles. C'était définitif pour moi: tout ce que je voulais c'était de jouer de la musique et aller voir des shows. » C'est aussi dans la grande ville qu'il a rencontré Chris, son premier partenaire musical, avec qui l'association fut assez directe: « À l'école, j'ai vu un mec avec une patch de AVAIL sur son sac à dos, alors je me suis dirigé vers lui et je lui ai demandé s'il jouait de la guitare. Il m'a dit oui, donc je lui ai répondu, « Moi je joue de la basse. On part un groupe? » Il croyait certainement que j'étais cinglé, mais il a accepté. »

Bien qu'ils n'en soient à leur premier long jeu à proprement parler, SOF ont fait leurs débuts il y a presque dix ans déjà sous l'appellation de JERICHO (puis JERICHO RVA). « Ça fait huit ans que le groupe existe et on a définitivement eu notre lot d'ennuis, mais c'est probablement une des meilleures choses qui ait pu nous arriver et je ne voudrais rien y changer parce que ça nous permet d'avoir une certaine appréciation de ce qu'on a accompli. Parfois, je me sens presque mal à l'aise pour ces nouveaux groupes qui percent dès le début, parce qu'ils n'ont aucune idée de la chance qu'ils ont d'être capable de faire ce qu'ils font et, dès que la moindre chose tourne mal, c'est la fin pour eux; ils ne sont pas aussi forts que ceux qui on travaillé dur pour arriver là où ils sont et qui ont tenu le coup parce qu'ils aiment véritablement ce qu'ils font. On dirait que c'est un aspect de la musique qui a énormément changé dernièrement: c'est rendu facile de partir un groupe et de se retrouver sur la route la semaine d'après ou de partir en tournée avec tel ou tel autre groupe, et de se retrouver avec un contrat de disque en quelques mois. »

À l'époque JERICHO, le groupe a quitté Boston pour se re-localiser en Virginie. « Boston est un endroit où le coût de la vie est très dispendieux. À l'époque, nous étions sept qui cohabitaient dans un trois et demi. On s'en foutait un peu parce qu'on s'amusait bien et on faisait la fête tout le temps mais, pour le groupe, c'était assez difficile et ça ne menait pas là où on voulait. Alors on s'est ramassé un peu d'argent, laissé de côté nos boulots pour quelques temps et on a essayé de partir en tournée, mais la vanne a rendu l'âme après deux jours donc on s'est retrouvé coincés en Pensylvanie et on était plutôt baisés. À notre retour, le batteur a quitté le groupe et peu de temps après le guitariste aussi. Il ne restait que Jeremy et moi, et c'est à ce moment là qu'on a décidé que, si on allait continuer ce groupe, on allait s'y mettre à cent pour cent et que ça deviendrait le point principal de nos vies. On a donc décidé de faire nos valises et de déménager à Richmond, qui fut un endroit propice à mettre nos rêves en partique étant donné la scène musicale très riche qu'on y trouve et le fait qu'il soit possible d'y vivre de façon très modeste. »

C'est donc aux côtés de leurs héros de AVAIL que SMOKE OR FIRE a fait sa place lentement mais sûrement. Le groupe s'est fait repêcher par Fat Wreck Chords l'an dernier et a lancé Above The City au printemps. « En l'espace d'environ cinq mois, on a écrit quelques vingt-cinq chansons. Un ami qui possède un studio a Boston a entendu les démos et nous a invités à venir travailler avec lui. On a donc enregistré seize chansons et envoyé ça à quelques compagnies de disques, dont Fat Wreck Chords. Les employés ont fait jouer le disque dans les bureaux du label et tout le monde a bien aimé; ils l'ont refilé à Mike et il a nous a immédiatement offert un contrat. » Bien que le groupe soit maintenant chez lui à Richmond, leurs racines demeurent à Boston et leur passé dans la ville n'est pas pour autant oublié. En fait, il figure en pleines lettres sur la pochette de l'album. « À Richmond, les gens passent leur temps sur leurs balcons d'en avant, tandis qu'à Boston, on se tient sur les toits. Il y a plusieurs pièces sur ce disque qui traitent de choses et d'autres et qui se rapportent aussi à Richmond, mais le titre de l'album en soi a beaucoup à voir avec les toits de Boston où on a passé beaucoup de notre temps. »

SMOKE OR FIRE on bossé dur depuis les huit dernières années pour en arriver là où ils sont et ont acquis le long du chemin quelques leçons de vie. « Il y a des jours où je regarde autour de moi et tout me dégoûte, mais il y en a aussi d'autres où ça va plutôt bien. La chose la plus importante que j'ai apprise dans tout ça est probablement d'essayer de s'instruire le plus possible, de toujours être productif, de conserver un sens de l'humour et surtout de ne pas se laisser affecter outre mesure par les choses qui sont hors de notre contrôle. » Après le Fat Tour, le groupe s'apprête à ralentir le rythme pour quelques mois afin de profiter d'un repos bien mérité. « Nous avons fait plus de deux cent spectacles depuis septembre l'an dernier, » raconte Joe. SOF reçoivent plusieurs offres pour l'année 2006 mais n'ont pas encore pris de décision définitive, autre que celle de faire un saut en Europe au mois d'avril. On peut s'attendre à un nouvel album de la part du groupe à temps pour l'été 2006.

Merci à Melanie et Rob de Fat Wreck Chords Canada pour leur aide!

Les personnes suivantes étaient présentes et ont participé activement à cette entrevue:
Lindsay (The Concordian)
Dallas (CJLO)
T-Bone (CJLO)
Mark (indépendant)
Gino (indépendant – article à paraître dans le Voir)
Brian (CFOU FM)



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