MAP (03 septembre 2006)


Entrevue de Dave avec Guillaume Guité

[DAVE] Après plus de 10 ans à monter sur scène, est-ce que la rage que vous aviez, représentée par votre nom Mort Aux Pourris, est toujours aussi grande?
[GUILLAUME] Certainement, on a d'ailleurs ramené le nom au complet avec le dernier album. Je crois que ça transparaît aussi dans les paroles de l'album. Personnellement je ressens beaucoup de d'écoeurement face à ce qui se passe autour de nous, et je crois que c'est le cas pour tout le monde dans le band.

[DAVE] Vous lancez cet automne votre tout nouvel album, Repose En Paix. D'où vient le nom du CD?
[GUILLAUME] Repose en Paix représente le fil conducteur des différents thèmes abordés sur l’album. Ça illustre bien notre dégoût pour l’attitude individualiste toujours croissante et l’inertie ambiante. On trouve le parallèle très pertinent entre le concept d’inertie et la notion de mort consciente par résignation.

[DAVE] Comment s’est déroulé l’enregistrement?
[GUILLAUME] Très bien, c'est plutôt le processus de préproduction qui a été long. On a commencé à composer ça fait déjà presque 2 ans et on a travaillé les chansons plusieurs fois en studio au cours de la dernière année et demie. Ce travail nous a beaucoup profité, ça nous a permis de prendre du recul sur les compositions et les structures de chanson, ce qui fait qu'une fois en studio pour la production finale, on était prêts et on savait exactement où on s'en allait (pour une fois!).

[DAVE] Qu'est-ce que les collaborateurs comme Franz et les autres ont apporté à cet album?
[GUILLAUME] Franz Shuller nous a beaucoup aidé à faire le ménage dans nos chansons et à garder seulement le meilleur, exercice qu'on avait jamais fait auparavant. Il nous aussi encouragé à aller jusqu'au bout de nos idées et à explorer d'autres avenues. Son regard extérieur sur nos chansons nous a apporté beaucoup. Jérôme Boisvert, avec qui on a fait les prises de son pour l'album et Frank Joly, qui a mixé l'album et avec qui on a travaillé souvent en préproduction, ont apporté beaucoup de nouvelles idées durant le processus, des trucs auxquels on aurait jamais pensé. Après 10 ans à composer les chansons d'une certaine manière, ça nous a permis de rafraîchir un peu notre son. À ça s'ajoute plusieurs collaborations artistiques, notamment celles de Paul Cargnello, que j'admire beaucoup, et de Nico de Tagada Jones, qui est un bon ami à nous, qui ont participé à l'écriture. Sans oublier Vincent Peake et Julie Panic qui amènent une belle couleur aux chansons auxquelles ils ont participé.

[DAVE] Quelle est l'évolution principale par rapport à l'album La Masse Critique?
[GUILLAUME] D'une part c'est notre premier album complètement en français. D'autre part, je dirais que les textes sont un peu plus sombres et plus baveux, plus agressifs. Le son a aussi pas mal évolué pour devenir plus mature.

[DAVE] Quels sont les enjeux qui vous inspirent le plus pour écrire vos textes? En quoi sont-ils différents d’il y a 10 ans?
[GUILLAUME] On n'a qu'à regarder autour de nous pour se rendre compte que les sujets ne manquent pas. On s'inspire de ce qu'on voit et de ce qu'on vit pour écrire, pas besoin de chercher bien loin pour voir des trucs qui nous choquent. Dans le dernier album on parle beaucoup de la paresse et du nombrilisme, du confort aliénant dans lequel on vit. On parle aussi beaucoup de pauvreté et de sujets plus politiques. En quoi sont ils différents d'il y a 10 ans? Disons que nos idées ont évolué, nos vies ont changé et nos préoccupations aussi. Ce n'est pas tant les enjeux qui ont changés que la façon dont on les perçoit et on les aborde.

[DAVE] Est-ce que les fans de MAP doivent s’attendre à des changements majeurs du côté du style ou bien assiste-t-on à une maturation naturelle du groupe?
[GUILLAUME] Les deux. On a exploré d'autres avenues musicales sur cet album. Les structures de chansons sont un peu moins complexes qu'avant et sont beaucoup plus le fun à jouer! Probablement plus le fun à écouter aussi, si tu veux mon avis. Mais ça reste toujours du MAP.

[DAVE] MAP a toujours eu une forme assez dynamique. Les membres du groupe ont changé quelque peu au fil des ans. Quels sont les avantages et les désavantages de tels changements?
[GUILLAUME] Lorsque Langlois a quitté le groupe en juin 2005, ça a été un gros changement, mais ça nous a permis des directions musicales qu'on n'aurait jamais prises avant et d'essayer des nouveaux trucs. Il avait une vision bien à lui de la musique, alors c'est sûr que son départ a influencé le son de MAP. L'arrivée de Pat juste avant l'enregistrement a aussi contribué à apporter une nouvelle couleur à notre musique.

[DAVE] Vous parliez au printemps dernier de devoir concilier le travail, la musique et la famille en raison d'une naissance prochaine. Comment cela se passe-t-il pour le moment?
[GUILLAUME] Très bien. Simon a effectivement eu sa deuxième petite fille au mois de juillet, juste avant d'entrer en studio. Ça demande des ajustements, mais on essaie de respecter les «contraintes» de chacun. C'est évident que le groupe nous demande à tous beaucoup de travail, on doit donc prendre des mesures pour ne pas que ça empiète trop sur nos vies familiales et professionnelles, mais c'est pas toujours évident! Le fait d'avoir délégué une partie du travail au label nous donne un sérieux coup de main de ce côté-là.

[DAVE] Vous vous êtes associés à Slam Disques pour votre dernier album. D'où vient cette association et comment se passe la relation?
[GUILLAUME] C'est Frank Joly qui a fait écouter des tracks qu'on avait enregistré en préproduction à Jessy Fuchs (président-directeur-en-chef de Slam Disques international et bassiste dans eXterio). Dès le départ c'était clair qu'on aurait besoin d'un appui financier pour sortir l'album et Jessy s'est montré tout de suite intéressé à notre projet. C'est cool parce que ça reste un label indépendant et ils nous ont laissé toute la latitude qu'on voulait au point de vue artistique.

[DAVE] Vous êtes originaires de la Ville de Québec. Quels groupes de cette ville devrions-nous avoir à l'oeil au cours des prochaines années?
[GUILLAUME] La scène punk et alternative est très prolifique à Québec (pour ne pas dire la plus prolifique au Québec!). Plusieurs groupes d'ici ont déjà percé, pensons juste à GFK qui sont maintenant sur G7, c'est bien de voir que la scène a une telle reconnaissance. Pour les groupes à surveiller, pour ne nommer qu'eux: nos compagnons de route Big Bucket et Mute (qui prépare d'ailleurs un nouvel album), Eric Panic sont tous d'excellents groupes de la région.

[DAVE] Que pensez-vous de la scène ska/punk actuellement au Québec? Est-on en progression ou en régression?
[GUILLAUME] Je crois que la scène punk reprend du mieux, elle est en tous cas mieux organisée. Je sais pas si c'est moi mais j'ai l'impression qu'il y a moins de compétition entre les bands qu'avant. C'est certain qu'il y en a encore qui se la jouent rockstar un peu, mais en général l'ambiance est bonne. Comme je disais plus tôt, le fait d'avoir plus de reconnaissance du milieu aide beaucoup. Les bands d'ici ont de plus en plus de facilité à se faire connaître dans le reste du Canada et en Europe. Je sais que beaucoup de monde travaille très fort et les résultats sont là.

[DAVE] Les salles de spectacles pour tous sont de plus en plus difficiles à garder en vie. Est-ce que le problème est semblable à Québec? Cela est-il un phénomène inquiétant pour vous?
[GUILLAUME] À Québec on a toujours l'Anti qui fait une bonne job, mais même eux ont parfois de la misère à cause de leur location dans un quartier résidentiel, et leur calendrier est souvent plein. Pour les gros shows il y a l'Impérial qui a ouvert ses portes à des spectacles plus underground, mais ça reste une salle très cher à louer et très grande. C'est dommage de ne pas avoir plus de soutien de la part des municipalités pour faciliter l'accès à des salles pour tous. Au moins on a plusieurs bars où on peut se produire sans que ça coûte trop cher, mais c'est pas accessible à tout le monde.

[DAVE] Est-ce que vous trouvez que les gens sont plus impliqués et informés qu’auparavant?
[GUILLAUME] J'ai l'impression que les gens prennent de plus en plus conscience de l'impact qu'ils ont face à l'environnement, pensons seulement à la popularité des produits biologiques et des sacs réutilisables ou biodégradables. Il faut juste pas que ça reste au stade de «mode» et que ça s'inscrive plutôt dans le mode de vie des gens. Malheureusement il reste une trop grande majorité qui refuse de voir les choses en face (tant au niveau social, économique qu'écologique) ou n'y croient tout simplement pas. Les médias ont une grande influence là-dessus. La convergence médiatique enlève une saine diversité de points de vue. En tout et partout, peut-être que les gens sont «plus informés» mais sont-ils «mieux informés»? On constate aussi une montée en popularité de la droite, même chez les jeunes, ce qui n'est pas sans nous inquiéter,

[DAVE] Communication versus Entertainment. Qu’est-ce qui est le plus important pour MAP? Est-ce que vous vous posez des questions à ce sujet?
[GUILLAUME] Je ne suis pas sûr de comprendre le sens de ta question, je vais donc répondre aux deux sens que j'interprète! Si tu veux savoir si c'est plus important de passer notre message ou d'entertainer le monde, je dirais que les deux sont aussi importants. Pour nous, faire un bon show ou de la musique qui est le fun à écouter est un bon moyen de passer notre message. C'est clair que le message est très important pour nous, probablement plus que le reste, mais si le monde s'emmerde à l'écouter, on n'est pas plus avancé! Si tu voulais parler du concept d'Infotainment et des médias en général, le plus important demeure à notre avis l’information. Les processus de communication les plus simples et comportant le moins d’artifices sont ceux qui répondent le mieux au besoin d’être informé. À notre avis, plus on en met, plus on se distance du rôle fondamental des médias. Plus ça va, plus les journalistes orientent leurs reportages à l’aide de jugement de valeur ou d’opinion personnelle. Si on ajoute ça aux titres hollywoodiens qui roulent en boucle, aux hélicoptères des chaînes de télévisions, on obtient un gros spectacle que l’on consomme mais qu’on ne peut pas traiter adéquatement, par manque de substance. Donc, pour répondre à la question : communiquer l’information serait le plus important, en autant que cette dernière ne soit pas altérée par les moyens utilisés pour la partager.

[DAVE] Si vous deviez organiser un spectacle bénéfice, qui inviteriez-vous et pour quelle cause l'organiseriez-vous?
[GUILLAUME] Il y a tellement d'organismes qui travaillent sans relâche pour venir en aide à différents milieux et différentes causes et, malheureusement, beaucoup d'entre elles manquent cruellement de ressources malgré leur importance dans le milieu. Honnêtement, j'aurais de la misère à en nommer une plus qu'une autre. Probablement un organisme qui lutte contre la pauvreté, le sexisme ou pour l'écologie. Qui on inviterait? Probablement des groupes avec qui on s'entend bien et qui partagent les mêmes affections à la cause.

[DAVE] Est-ce que le groupe supporte des causes comme PETA ou Food Not Bombs?
[GUILLAUME] Individuellement, on a chacun des causes qui nous tiennent plus à coeur (comme la PETA ou FNB), mais en tant que band, on a décidé de supporter La Restinga (www.larestinga.org), qui est un organisme qui vient en aide au jeunes de la rue à Iquitos au Pérou. C'est d'ailleurs là-bas qu'a été tourné le clip de Ya Basta. Jasmin et Yannick Nolin, un pote à nous qui nous aide dans nos projets vidéo, y sont allés l'été dernier pour donner des formations aux jeunes. C'est une des raisons qui nous a menés à décider de soutenir cette cause-là pour le projet Repose en paix.

[DAVE] Quels sont vos plans pour l'année à venir?
[GUILLAUME] Faire un max de shows pour promouvoir l'album qu'on vient de sortir, faire la fête et rattraper le temps perdu lors de la dernière année avec nos blondes, familles et amis qu'on a, bien malgré nous, trop négligé!



En savoir plus Entrevues les plus récentesLire les commentaires (0)Ajouter un commentaire