Eric Panic (17 octobre 2005)



Moi et le photographe Charles Auger (retenez bien ce nom!), sommes allé rendre visite à la sympathique bande d’ ÉRIC PANIC lors de leur arrêt à Sherbrooke dans le cadre de la tournée Exterpanic. En plus d’être extrêmement accueillant et ouvert, le groupe donne dans le punk rock français avec succès, chose plutôt rare ces jours-ci…Résumé de notre entretien avec Julie, Ric, Max et Jeff Panic

[MATH] Les bands punk rock francophones sont définitivement moins présents sur la scène ces jours-ci. ÉRIC PANIC a décidé d’aller à contre-courant et de chanter en français. Pouvez-vous me faire un compte rendu rapide des avantages et désavantages que ce choix représente?

[JULIE] Personnellement, le choix du français s’est imposé parce que je ne parle pas anglais. Je ne dis pas ça péjorativement : Notre compagnie de disque est anglophone, j’ai voyagé partout dans le monde, je comprends la langue et je n’ai aucun préjugé envers elle. C’est comme si tu me disais compose une chanson à la basse… je ne joue pas de basse… quand j’écris des paroles de chansons, c’est la même affaire : je dois être à l’aise. J’ai une maîtrise en littérature française et mon medium pour communiquer c’est le français. Éric, lui, est anglophone. Sa mère vient d’Ontario et il est complètement bilingue. En 1988, il avait même un band entièrement anglophone avec Max nommé Vermine. Un moment donné, moi et Éric, on a commencé a travailler ensemble et composer. On a choisi le français mais cela ne veut pas dire qu’on a exclu le reste, on est pas des puristes. Si un jour Éric décide de composer une chanson anglophone, je n’ai aucun problème avec ça… Cela vaut pour les autres langues aussi : une de mes meilleures amies travaille à Cuba avec son copain cubain et ils planifient déménager ici. Si il peut me montrer quelques mots d’espagnol, j’aimerais bien composer une toune dans cette langue, je la trouve merveilleuse. Les pour donc : c’est facile pour nous, c’est notre langue et on en parle, on valorise notre culture et cela nous permet de jouer à la radio. Le même band anglophone ne jouerait probablement pas sur les ondes: les quotas francophones ne sont pas les mêmes. Les contres : du monde qui nous haïssent juste parce que l’on chante en français, il y en a plein…

[MATH] Qu’est-ce que vous pensez de tout cela? Les québécois semble avoir de la misère avec les bands punk-rock qui chantent en français…

[JULIE] C’est l’envers des avantages en fait : il y a des quotas francophones à la radio, cela nous donne des privilèges que certains bands anglophones n’ont pas. Mais dans la tête du monde, cela fait de nous des vendus…d’après moi, les gens pensent que l’on fait ça pour passer à la radio et que, dans notre for intérieur, on aimerait mieux chanter en anglais!

[MATH] Pourtant, chanter en anglais vous donnerait un public plus large et une plus grande visibilité…

[JULIE] C’est sûr… on pourrait peut-être faire une tournée canadienne ou aller aux Etats-Unis par exemple, mais là, on va aller en France et les gens vont comprendre ce qu’on dit…

[MAX] C’est relatif : nous sommes allé en Nouvelle-Écosse récemment et Éric a demandé à la foule si on devait parler en anglais mais les gens ont insisté pour qu’on continue à s’exprimer en français…

[JULIE] Pour revenir à ta question, cela nous ouvrirait des marchés oui et non : nous n’aspirons pas à conquérir le monde… on a tous des jobs, certains d’entre nous ont des enfants, on fait ça pour le plaisir, parce qu’on a des choses à dire et on pense qu’en français les gens les comprennent. Pour moi, les mots ont une signification autant que la musique. On est pas seulement là pour faire les pantins, on a un message à transmettre…

[MATH] Cette question s’adresse particulièrement à Julie : Le fait d’être une fille dans une scène en majorité occupée par des gars, qu’est-ce que cela t’amène?

[JULIE] C’est une question typique que les gens me posent souvent et ça me fait toujours plaisir d’y répondre. Après toutes ces années, je ne vois plus la différence. Ça fait dix-quinze ans que je suis dans le milieu…

[MAX] : Moi je la vois la différence! Quand on part sur la route pour une longue run, nous, les gars, on pense pas à amener de la bouffe, si ce n’est que pour des chips et autres cochonneries. Julie, elle, amène des crudités, des petits sandwichs, des fruits, du jus, des légumes…

[JULIE] Je me sens autant à l’aise avec mes chums de gars et mes chums de filles…d’ailleurs mes chums de filles ne sont pas des filles typiques à proprement dit…on sort pas au Dagobert crier wooohooohoooo toutes la soirée! [rires]…Honnêtement, je trouves ça dommage qu’il n’y ait pas plus de filles impliquées dans la scène au Québec…À chaque fois qu’on a un show, je demande toujours au public s’il y a des filles dans la salle qui font de la musique. Ce soir, j’ai été étonnée, il y a eu beaucoup de réponses positives : ou bien il y a beaucoup de menteuses, ou bien il y a un maudit bon bassin de population à Sherbrooke de filles qui rock! Si c’est ça, je suis contente… parce que pourquoi il n’y en aurait pas autant? On est pas moins douées, on est pas handicapées par rapport aux gars, on est capable de faire de la musique! Je ne pense pas que les filles seraient mal acceptées si elles fonçaient, c’est peut-être seulement qu’elles ne font pas toujours le move d’aller jusqu’au bout… je ne me sens pas à part : jamais je me suis fait dire « hey toi la fille, va te maquiller pis ta gueule! » Donc je pense que c’est plutôt les filles qui n’osent pas assez… je suis un peu partie en guerre contre ça. Avant je n’en parlais pas, maintenant je fais mon discours à tous les shows en me disant qu’à force d’en parler… Je ne compte même plus le nombre de fois où des filles viennent me voir après un spectacle pour me dire « c’est cool, moi aussi j’aimerais ça faire comme toi »…faites-le! Prenez une guitare et trouvez-vous des chums! Y’a plein de monde qui attendent juste ça, pis les gars auraient tout le temps des bons petits lunchs à chaque show! [rires]

[MATH] Vous en avez parlé plus tôt, quelques-uns d’entre vous ont des enfants. Comment est-ce qu’on fait pour gérer une vie familiale lorsqu’on est toujours en tournée?

[MAX] C’est très difficile. Dans mon cas, ça fait 17 ans que je suis avec la même femme, j’ai 2 enfants, mon plus vieux a treize ans, je travaille à temps plein 4 jours semaine et on fait des shows toutes les fins de semaine jusqu’au 23 décembre… Il a fallu que je négocie longtemps! J’aime ça et je trippe, c’est comme un gars qui joue au hockey a tous les mardi soir : un moment donné, les finales arrivent et il doit dire à sa femme « chérie on joue trois fois cette semaine, trois fois la semaine prochaine… »

[JULIE] Depuis un an et demi, on a eu trois fins de semaine de break. La blonde à Max aime pas trop ça et c’est normal…Ric et moi on a un enfant ensemble. Quand je l’ai connu, il avait déjà 2 enfants. Nous, on a pas à négocier, on a le même projet, on est les deux dans le band donc pas de problèmes de conjugaux à ce niveau là. Mais ce n’est pas nécessairement mieux : Zachary, par exemple, a 5 ans et il voit constamment ses 2 parents partir. Pour l’instant, il n’aime pas la musique parce qu’il associe ça à « mes deux parents ne sont pas là»…c’est pas toujours facile. Quand on part, c’est un peu l’enfer : il y a les cours, la job, il faut faire garder les enfants... Par contre, je pense qu’à quelque part, c’est un bon modèle pour eux parce qu’ils voient leurs parents faire ce qu’ils aiment.

[JEFF] Moi le problème, c’est ma job…

[MATH] Voilà une autre affaire… Julie, je penses que tu travailles pour une entreprise de comptabilité?

[JULIE] Je suis rédactrice pour Fortune 1000, une entreprise de logiciels en comptabilité. Ils ont toujours été super cool, ils ont même imprimé nos posters! Malgré tout, en septembre passé, quand on a sorti notre album, je suis tombé hyper malade. Quand tu es une mère de famille, tu fais des shows et tu travailles à temps plein, c’est un peu normal… un moment donné, j’étais toujours étourdie et je ne comprenais pas pourquoi…

[MAX] Elle jouait même assise!

[JULIE] T’as vu comment j’étais ce soir? Bon, là j’étais sur un tabouret, pratiquement incapable de bouger. J’ai fait des tonnes de tests et on m’a finalement diagnostiqué un épuisement extrême…Je suis donc tombée en arrêt de travail un mois et quand je suis revenue, j’ai recommencé à seulement trois jours semaine, je fonctionne encore comme ça. Bref, de mon côté, je n’ai pas trop de misère avec mon employeur : quand on a des shows, je déplace des journées etc… Éric, lui, travaille 4 jours semaine donc il réussit à s’en tirer, c’est plutôt Max et Jeff qui ont de la misère à s’arranger…

[MATH] Jeff tu es camionneur je pense?

[JEFF] Je travaille de jour, bien normalement comme tout le monde, alors c’est sûr que de demander mes après-midi de congé pratiquement tout le temps, ça peut causer problème…L’employeur est consentant mais il y a aussi le syndicat, ça fait jaser les autres un peu…

[JULIE] On a pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un mode de vie ordinaire…Quand on était un band qui jouait une fois par mois, c’était différent. Maintenant, on vient de sortir un album, on est un nouveau groupe alors il fallait s’attendre a faire des shows en malade pour faire du débroussaillage un peu…

[MATH] Est-ce vous tentez de vous arranger pour faire vos shows la fin de semaine le plus souvent possible?

[JULIE] :On a pas vraiment le choix : quand un promoteur nous appelle, on y va… on ne peut pas vraiment prévoir. On achève une année complète de tournée intensive, après ça, on va arrêter et prendre le temps d’écrire le prochain album…

[MATH] : Savez-vous un peu vers quoi vous vous enlignez par rapport à cela? Allez vous rester dans la même branche musicale?

[JULIE] : On ne deviendra pas un band pop, mais on a l’intention de travailler très fort sur notre son et d’élargir un peu nos horizons. On va s’en permettre d’avantage, personnellement, je veux me gâter un peu plus : en vieillissant, c’est certain que je n’écoute plus seulement que du punk-rock…On ne se limitera pas et c’est certain qu’on va se permettre quelques expérimentations. Dans un album idéal de 15 tounes mettons, on veut pouvoir se permettre deux chansons qui divaguent un peu plus et pour le reste, on va rester fidèle à notre style.

[Entre temps, Ric Panic fait son entrée dans la loge et vient rejoindre les autres membres du groupe.]

[JULIE] On ne veut pas se faire de plan. Max est un peu mon chum de composition, Ric compose aussi pas mal. Jeff n’était pas là quand on a réalisé Catharsis donc on ne sait pas ce que ça va donner cette fois. L’avantage avec Max , c’est qu’il est très versatile. Présentement, tu le vois à l’œuvre en arrière d’un drum, mais ce gars là prend une guitare et il se débrouille très bien également. Des fois, quand il vient chez nous et qu’on compose, je vais lui montrer les accords et il va même être en mesure de faire les harmonies de voix.

[MATH] Avez-vous l’intention de sortir le prochain album sur Stomp également?

[JULIE] : On ne sait pas encore. Pour ce qui est de la date et de la maison de disque, on ne veut pas se préoccuper de ça pour l’instant. On vient de vivre un an et demi super cool, mais ça aussi été très difficile à quelque part. Ce ne sera pas un autre Catharsis en tout cas, on veut passer à autre chose…

[MATH] Catharsis a été enregistré suite à la séparation de PÉNÉLOPE, un événement qui semble avoir été très pénible…

[JULIE] : Si on n’avait pas fait cette album là, on ne ferait plus de musique aujourd’hui…Ça a été un album de survie. Quand ça a fini avec Francis, on a continué avec Max : on est parti d’une fin de projet pour en commencer un autre. On était un peu dégoûté de l’industrie musicale à l’époque: Au Québec t’as des plugs, ça passe, t’en as pas, tant pis. On s’est donc demandé si on voulait vraiment continuer à faire cela.

[MATH] J’imagine que le fait d’être avec le UnionLabelGroup vous a un peu sorti de tout ça. Par contre vous êtes le seul band francophone du label. Avez-vous parfois l’impression d’être un peu à part ou si vous êtes parfaitement intégrés à la famille?

[RIC] : Un peu des deux… Je ne penses pas qu’il y ait, d’une part et d’autre, de mauvaises intentions. C’est seulement qu’effectivement, un moment donné, il peut y avoir des barrières de langages avec les autres bands… au Québec, il y a toujours cette sorte d’indépendance qui plane et je suis d’avis qu’il y a réellement une façon différente de voir les choses entre un anglophone et un francophone pure laine. En même temps, ce sont tous des bands punk donc il y a beaucoup d’idées qui se rejoignent.

[MATH] L’ « époque » Catharsis étant terminée, quelle sera votre inspiration pour le prochain album?

[JULIE] On a encore des choses à dire et à dénoncer : on a tous des trucs qui nous choquent. Quand on fait de la musique, on est sur une autre planète : après ça, oublie le yoga! Ça nous libère et je crois que ça a le même pouvoir pour quelques personnes autour de nous alors pourquoi on arrêterait? C’est sûr qu’il va venir un temps où on va se dire qu’on est beaucoup trop vieux et que c’est rendu inconvenable d’être sur un stage…

[MAX] Genre l’année passée! [rires]

[JULIE] : On vit dans un monde de contradictions. Les contradictions et les différences peuvent nourrir le dialogue, mais encore faut-il que le dialogue se fasse. On est à un moment où jamais la communication n’a été si facile mais pourtant, il n‘y a jamais eu autant de conflits et d’incompréhension…On a les moyen de parler, on peut dialoguer, on peut faire des consensus alors où est le problème?

Un gros merci à Pierre-Luc et Mike pour avoir rendu cette entrevue possible. Vous pouvez voir les superbes photos prises par Charles Auger ICI, et on vous promet une section photos à même ce site d’ici très peu de temps…



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