Vulgaires Machins (30 juin 2006)


Entrevue de Julien avec Guillaume

LES VULGAIRES MACHINS font partie de ceux qui tiennent la scène punk locale aux bouts de leurs bras depuis très longtemps. Ils s’y donnent cœur et âme pour cette dernière, et de les voir absent depuis un très long laps de temps (leur dernier album Aimer le Mal remonte à 2002) fut une période déstabilisante pour tout le monde. Ils reprennent donc les planches d’assaut cet été pour nous présenter les pièces de leur nouvel album Compter Les Corps qui sera disponible le 1er août prochain. Soyez aux aguets pour leur passage dans une ville près de chez vous!

[Julien] Bon, commençons par le tout début puisque tout le monde veut savoir. Où étiez-vous donc passé?!?

[VM] En novembre 2003, on terminait les nombreuses séries de concerts avec une cinquième tournée en France depuis la sortie d’Aimer Le Mal. La période qui devait suivre était prévue pour nous permettre un peu de repos et prendre des distances sur nos activités de groupe pour au moins quelques mois. Une fois l’adrénaline retombée, il semblait clair pour tous que dix ans de rock sans prendre une pause plus longue n’avait pas de sens. Nous avons donc choisi d’étirer le temps de repos aussi loin que nous en avions besoin. Chacun s’est recentré dans son univers propre. Chacun s’est occupé de sa vie d’un angle plus personnel. Nous devions mettre un frein à cette étape de nos vies et se ressourcer pour mieux repartir.

[Julien] Est-ce que cette longue absence fut quelque chose de voulue ou elle est tout simplement venue d’elle-même?

[VM] Nous avions prévu de prendre une pause. Il était toutefois impossible avant d’arrêter de savoir combien de temps nous étions pour se reposer. Au départ, nous croyions être prêts à reprendre le travail après deux ou trois mois. Nous avons finalement arrêtés six mois et avons recommencé tranquillement à écrire ensemble en mai 2004.

[Julien] Étant donné que vous vous êtes retiré un peu du monde de la musique, nous imaginons tous que vous n’avez pas hiberné tout ce temps. Quelles ont été vos principales occupations?

[VM] Ce fût différent pour chacun d’entre nous. Nous sommes restés relativement près du milieu de la musique d’une façon générale. C’est impossible et peu souhaitable de renier sa famille du jour au lendemain. Disons que nous avons gravité autour d’elle tout en élargissant les perspectives.

[Julien] Votre nouvel album s’intitulera donc Compter Les Corps et sera disponible le 1er août chez tous les bons disquaires de la province. Est-ce un soupir de soulagement de le voir enfin arriver dans les bacs?

[VM] Nous sommes évidemment impatients de connaître la réaction des fans. C’est l’aspect d’une mise en marché qui est le plus excitant. De plus, nous avons littéralement triplé les efforts à tous les niveaux pour donner un résultat à l’album qui dépasse tout le travail qu’on a pu accomplir depuis nos débuts. Évidemment, ça demande beaucoup plus de temps, d’argent et d’énergie. C’est donc un grand soulagement de constater aujourd’hui notre accomplissement. Peu importe la réaction des gens, nous sommes vraiment tous fiers et fébriles vis-à-vis ce qui nous attend.

[Julien] À quoi peut-on s’attendre de vos nouvelles pièces?

[VM] J’ai toujours répondu la même chose à cette question qu’on nous a toujours posée avant la sortie chacun des albums; je l’ignore! D’abord, nous sommes mal placé pour juger notre propre travail par le manque de perspective à ce stade-ci mais aussi parce que, tenter de décrire de la musique avec des mots m’a toujours semblé vain… Il faut écouter pour comprendre.

[Julien] Comment s’est déroulé le processus d’enregistrement pour Compter Les Corps?

[VM] L’album a été réalisé par Gus van Go et Werner F, avec qui nous avions une vision commune sur la direction artistique à prendre sur ce projet. Gus n’était pas moins qu’un cinquième membre pour nous. Nous avons passé beaucoup de temps en pré-production avec lui dans notre local de répétition à Montréal. Ça nous a pris deux mois pour rassembler toutes les chansons, réorganiser certaines structures et certains arrangements. Nous avions un lot de vingt-six chansons parmi lesquelles choisir. C’était assez ardu. Nous voulions donner une chance à toutes. Nous avons ensuite enregistré l’album au studio MIXART dans le quartier de Notre-dame de grâce avec Gus et Werner. Comme nous avions pris l’entente avec eux de n’arrêter que lorsque toutes les idées avaient été mises de l’avant, nous avons mit trois mois à mettre un terme à l’enregistrement en tant que tel, chose que nous croyions possible au départ en un mois et demi !!! Gus et Werner ont fait preuve d’un engagement incroyable pour le projet. Ils ont participé à toutes les étapes avec beaucoup de passion. Ils ont ensuite mixé l’album en partie à New York, au Boiler Room Studio, propriété de Werner F.

[Julien] Vos titres d’albums réfèrent souvent, si je ne me trompe pas, à un portrait que vous vous faites de la société (Regarde Le Monde, Aimer Le Mal). Est-ce que Compter Les Corps continue dans la même vague? Expliquez-nous donc la signification précise de ce titre frappant.

[VM] C’est la perception commune que nous avons de l’occident. Notre refus d’un contentement local qui s’exprime généralement en parfaite contradiction avec la situation globale du monde. Compter Les Corps n’est pas une métaphore ou une analyse personnelle de l’état des choses. C’est à notre avis une des conséquences des choix que nous faisons comme société; accepter l’inacceptable au profit de notre confort matériel. Accepter de compter les corps qui tombent, être choqué cinq minutes et retourner a nos activités. C’est notre façon d’exprimer l’envers de la médaille d’une économie triomphante, d’un néo-libéralisme sauvage qui nous déshumanise chaque jour un peu plus.

[Julien] Vous avez toujours été reconnu comme un groupe qui n’a pas la langue dans sa poche et qui ose s’affirmer. Nous n’avons qu’à penser, en autre, à vos textes sur Anesthésie, Un Vote De Moins ou Régurgiter Le Système. Est-ce que cet aspect est toujours présent au travers de vos nouvelles compositions?

[VM] Absolument. À travers le processus d’écriture, je me suis questionné beaucoup sur la pertinence d’être constant dans une voie créative qui se veut engagée. J’ai envisagé beaucoup d’options et de façons de faire les choses pour l’album. Au bout du compte, j’ai suivie la seule chose importante pour moi; être sincère dans mon approche. J’aurais bien aimé choquer des fans en empruntant une voix qui aurait différée de ce à quoi ils attendent des VULGAIRES MACHINS mais, au bout du compte, ma motivation ultime est et a toujours été d’écouter mon cœur. Exprimer ce qui me préoccupe sans chercher à donner consciemment d’importance au style.

Question de détendre un peu l’atmosphère en plein milieu de cette entrevue, nous allons maintenant réaliser de courtes questions qui ont tous un lien avec une chanson que vous avez déjà écrite pour voir si vous êtes de encore de « vrais » VULGAIRES MACHINS. C’est un départ!

[Julien] La nuit la plus longue de votre vie?

[VM] Un concert au festival de l’art underground de Melbourne, Qc. Cent punks nourris aux saucisses crues et mescaline. On a tout vu dans l’espace d’une seule nuit. Marie s’est fait attaqué pendant le concert par une punk qui s’est sauvagement projetée sur elle. Les organisateurs vendaient l’épis de blé d’inde : 1 pour 0,25$ ou 3 pour 1$. La soupe aux champignons magiques était gratuite pour tous. On a vu des punks faire des sauts périlleux arrière du haut d’une table à pique-nique pour tomber sur la tête pendant que d’autres dormaient la tête appuyée sur des roues de camions en marche… Nous avons finalement joué à 2h00am pour 30$...

[Julien] Avez-vous voté aux dernières élections fédérales ou on considère votre vote comme un vote de moins?

[VM] Nous votons tous, toujours, depuis la majorité. La chanson en est une de 2ème degré.

[Julien] Utilisez-vous des pesticides pour votre superbe pelouse?

[VM] Nous n’avons pas de pelouse...

[Julien] Sur l’autoroute, 100, 120 ou 140 km/h?

[VM] 117km/h

[Julien] La rue Déragon existe-t-elle vraiment?

[VM] Oui, c’est à Granby tout près du Zoo. Une rue merveilleuse et empreinte d’une magie enchanteresse.

[Julien] Pensez-vous déjà avoir fait fausse route à un certain moment de votre vie?

[VM] Bien sûr, la performance aux Têtes à 4, Melbourne, un concert avec NICKELBACK. La liste est longue…

[Julien] Devenez-vous excité lorsque la saison de chasse est ouverte?

[VM] On jubile de rage.

[Julien] Est-ce que vos chansons sont à vendre?

[VM] Non

[Julien] Qui est le Roméo dans le groupe?

[VM] Pat Love

[Julien] Tous vos disques ont été lancés avec l’excellente compagnie Indica Records qui produit en autre ARSENIQ 33 et LOFOFORA. Qu’est-ce qui vous a amené vers eux?

[VM] Nous avons fait parvenir le même démo chez Indica au moins trois fois. Nous étions tous fans de GRIMSKUNKIndica semblait à l’époque la seule compagnie qui avait une vision en harmonie avec notre démarche. Par chance, le démo La Vie Est Belle est resté coincé dans le lecteur cassette du véhicule de Boris-Marc-St-Maurice.

[Julien] Qu’est-ce que Indica Records possède que les autres compagnies n’ont pas?

[VM] Les 3 ACCORDS et TOM PILON.

[Julien] La scène punk francophone commence à reprendre son souffle avec des formations tels que ERIC PANIC, LES PISTOLETS ROSES ou encore EXTERIO qui connaissent beaucoup de succès. On voit aussi qu’elle obtient une attention qu’elle ne recevait peut-être pas dans le passé. Qu’en pensez-vous?

[VM] Tant mieux si les médias portent plus d’attention à une scène plus rock et punk même si cette vitrine a été, est et sera toujours à la base pour des intérêts mercantiles. Rester obsédé sur BEAU DOMMAGE serait un triste destin pour notre génération… Ceci dit, les radios seront toujours en retard sur les mouvements musicaux quels qu’ils soient. L’industrie de la musique est un dinosaure pas moins superficiel que l’industrie de la publicité et du marketing.

[Julien] Vous avez lancé en 2004 un split cd avec vos chers amis français BURNING HEADS, vous amenant donc du même coup à chanter quelques paroles en anglais. Est-ce qu’on aura droit un jour à une chanson originale des VULGAIRES MACHINS en anglais?

[VM] Je pense que non, du moins, pas tant que la langue française sera la langue dans laquelle je réfléchis. Je parlais plus tôt de sincérité dans l’écriture. Pour moi, écrire en français révèle de l’honnêteté envers moi-même. Ce sont mes racines… ça fait partie de moi pour le meilleur et pour le pire.

[Julien] Cet album fut seulement mit en vente sur votre site internet ainsi que pendant vos concerts puisque vous vouliez passer un message sur le fait que les artistes ne reçoivent presque rien du 17,99$ que le punk rocker donne si généreusement au HMV lorsqu’il se procure votre disque. Pensez-vous que vous avez été entendu?

[VM] À petite échelle je pense que oui. Des initiatives de la sorte nécessitent un suivi pour qu’ils donnent des résultats. Il faut être plus nombreux à faire de tels choix pour faire une différence significative. Il faut que les consommateurs comprennent à tout le moins comment l’argent dans l’industrie est distribuée entre les artistes et ceux qui font des affaires pour en venir à modifier leurs habitudes.

[Julien] Est-ce que vous répéteriez l’expérience?

[VM] Nous allons certainement envisager des scénarios futurs qui vont se prêter à l’exercice. Faire les choses différemment et par soi-même donne beaucoup de fierté et de satisfaction. Nous avons encore à ce jour le sentiment de se faire berner en tant qu’artiste de par la nature même de l’industrie du disque.

[Julien] Plusieurs spectacles sont à votre agenda pour l’été et l’automne prochain. Comment vous sentez vous à l’idée de remonter sur les planches? Est-ce que vous êtes rouillés?

[VM] On se sent bien. Nous avons tous très hâte de revoir les gens qui nous supportent et apprécient notre musique. Livrer aux autres le fruit d’un labeur intense est toujours le plus beau des cadeaux qu’on puisse se faire. Rejoindre et toucher les autres passe par les concerts, c’est là que le contact se fait, que la magie se passe. Bien sûr nous sommes un peu rouillés mais, franchement, jouer sur une scène et bien le faire ça n’a pas de secret… il faut jouer beaucoup pour jouer bien.

[Julien] Avez-vous l’intention de vous promener beaucoup pour la promotion du nouvel album? Un petit voyage en Europe peut-être?

[VM] Certainement. Tout le travail ultérieur qui a été fait en Europe comme ici doit impérativement connaître une suite. Nous analysons en ce moment même la chose de près. Nous voulons sortir l’album en France le plus vite possible pour aller jouer là-bas…

Une chose est certaine, le retour des VULGAIRES MACHINS fera plaisir à beaucoup de gens qui se déplaceront en grand nombre cet été pour venir les encourager. Comme vous dites si bien, « On se r’voit dans le pit! ».

Merci aux VULGAIRES MACHINS pour avoir prit le temps de répondre à nos questions et à Indica Records pour leur collaboration exemplaire.



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