Les Vulgaires Machins (28 décembre 2007)


Entrevue de PunkMeUp avec Guillaume Beauregard

PunkMeUp a eu la chance de s’entretenir avec Guillaume Beauregard, leader de la formation punk québécoise LES VULGAIRES MACHINS quelques jours avant leurs prestations au Club Soda. Voici donc le résumé d’une rencontre très intéressante avec un groupe qui a beaucoup à dire.

[PMU] Vous revenez d’une récente tournée en France. Certains de vos spectacles ont été faits en compagnie du groupe français GUERILLA POUBELLE. Comment s’est déroulée votre tournée?

[Guillaume] Sans doute l’une des tournées les plus concluantes. 17 concerts en 18 jours et la majorité dans des salles pleines. C’était vraiment bien de revoir nos amis de GP et de jouer pour leur public. Par ailleurs, énormément de gens qui connaissaient déjà VULGAIRES MACHINS se sont déplacés parfois de plusieurs heures de route pour profiter de l’occasion de nous voir.

[PMU] Nous pouvons dire que vous êtes engagés dans vos textes et ceux-ci s’adressent notamment aux jeunes adultes de la société. Est-ce que la réception de vos textes est la même en Europe qu’au Québec?

[GUILLAUME] Comme ici, les raisons pour lesquelles les gens portent un intérêt pour le groupe varient d’une personne à l’autre. Une chose semble quand même retenir l’attention d’un grand nombre de nos fans là-bas et dont on entend rarement parler ici : notre punk rock mélodique est francophone. En dehors des GUÉRILLA POUBELLE, les groupes qui osent mélanger le punk à des textes en français sont assez rares.

[PMU] Croyez-vous qu’il existe des solutions ou des façons pour que les jeunes soient plus intéressés à ce qui se passe dans la société et dans le monde?

[GUILLAUME] À mon humble avis, ça passe par l’éducation. Je pense que les jeunes sont plus conscientisés que nous l’étions à leur âge ou que nos parents l’étaient. Malgré tout, le message qu’on leur martèle de toutes part reste le même: le capitalisme et le néo-libéralisme sont des fatalités. Cette propagande est ancrée profondément dans le système d’éducation et martelé par les grands médias. La meilleure façon d’intéresser les jeunes au monde est de recommencer à croire qu’un changement est possible et souhaitable.

[PMU] Plusieurs de vos chansons s’en prennent au néo-libéralisme (Dommage Collatéral, Mains Pleines de Sangs). Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans la société occidentale ou plutôt nord américaine?

[GUILLAUME] La dérive à droite des élites politique. La fabrication d’un système à la solde des grandes entreprises, la croissance économique infinie dans un monde fini, la destruction de l’environnement, la fabrication du consentement. L’apathie des gens face à cette prise d’otage mondiale, les guerres qui en résultent et le silence des médias.

[PMU] Que pensez-vous de la scène punk en général? Croyez-vous que les groupes sont devenus trop individualistes et ne véhiculent pas assez de messages sérieux?

[GUILLAUME] Pour éviter de m’en prendre inutilement à des groupes en particulier et de façon directe, je tente de voir le problème d’un point de vue global. Bien qu’il y ait un tas de groupes intéressants et un paquet d’artistes qui ont des choses à dire, on constate quand même de façon générale un désengagement de la relève, chose que je trouve aberrante mais pas si surprenante. Les artisans transportent à travers leur créations le reflet de la population en général : l’apathie et le désengagement. On se retrouve alors avec une scène qui met de l’avant des textes humoristiques, absurdes et souvent même complètement insignifiants. L’engagement selon moi ne se résume pas à écrire des textes qui traitent du réchauffement de la planète ou des politiques de George W. Bush. L’engagement à travers l’art c’est surtout d’être assez impliqué dans sa création pour assumer l’oeuvre sans toujours se cacher derrière le masque du ridicule, peu importe le champ d’intérêt. En d’autres termes, les plus grands humoristes sont ceux qui prennent l’humour au sérieux!

[PMU] Au niveau d’abord des textes et ensuite de la musique, quelles seraient vos meilleures chansons jusqu’ici? Celles que vous avez écrites? Ou bien ceux de quelqu’un d’autre?

[GUILLAUME] Nous avons été grandement touchés par l’album de Keny Arkana Entre ciment et belle étoile… Il faut entendre la chanson La Rage pour comprendre la profondeur de cette artiste incroyable.

[PMU] Votre dernier album est paru en 2006 et nous sommes maintenant en 2008. Est-ce que Compter les Corps définit toujours l’actualité?

[GUILLAUME] Aux dernières nouvelles, la planète est encore à feu et à sang. Inutile de rappeler qu’il y a encore à ce jour un grand nombre de soldats Canadiens qui meurent en Afghanistan. Je ne sais pas en ce qui te concerne mais moi, je continue de compter…

[PMU] Votre récent vidéoclip Anéantir le Dogme a été victime de censure alors que celui-ci traite d’un débat actuel. Bien que la version intégrale soit quelque peu explicite, il ne va pas sans dire que les médias, notamment les chaînes télévisées spécialisées dans la diffusion de vidéoclip, diffusent des trucs prônant la violence et la sexualité. Qu’avez-vous à dire à ce sujet?

[GUILLAUME] La réponse est dans la question. L’objectif du groupe en réalisant un clip pour la chanson Anéantir le Dogme était d’engager un débat autour de l’hyper sexualisation. L’interdit de diffusion a engrangé un travail acharné avec Indica et les acteurs principaux du projet pour faire passer le message au plus grand nombre possible. Je considère qu’envers et contre tous, le débat a eût lieu mais avec en prime, un débat autour de la censure. Je pense que le fait d’avoir été censuré a au bout du compte confirmé que nos questionnements sur l’utilisation du corps de la femme dans l’ensemble de l’industrie de la musique et dans notre système capitaliste en général étaient fondés.

[PMU] Pour ceux qui aimeraient bien voir le clip, quel est le meilleur endroit pour le visionner?

[GUILLAUME] Juste ici!

[PMU] De gros noms du milieu artistique ont participé à l’élaboration de ce vidéoclip; en outre, François Avard qui a réalisé Les Bougons, Daniel Fortin, Monik Vincent et Noémie Yell. D’où vient la chance de travailler avec cet amalgame de gens?

[GUILLAUME] Nous avons contacté François Avard en espérant attiser son intérêt pour le projet. Une fois cette étape accomplie nous nous sommes rencontré, avons discuté de la chanson et avons projeté les avenues possibles. Nous lui avons ensuite laissé carte blanche sur l’écriture du scénario et sur la réalisation en tant que telle. François a tout le mérite d’avoir su rassembler tous ces artisans de grand talent.

[PMU] VULGAIRES MACHINS existe depuis 1995. Votre band a certes passé un bon bout de chemin et votre line up a été modifié à quelques reprises. Pouvez-vous nous parler brièvement de vos débuts et nous raconter ce qui a changé et évolué selon vous, quelques douze ans plus tard (musicalement, scène punk, fans, réceptions des jeunes, etc.)?

[GUILLAUME] Nous avons toujours considéré le plaisir de créer ensemble et la passion pour la musique comme les seuls moteurs valables dans toute cette aventure. Résumer douze années des VULGAIRES MACHINS en quelques lignes est impossible. Je dirais brièvement qu’au bout du compte, notre seule méthode appliquée pour respecter nos fans a toujours été de ne pas se préoccuper des jugements qu’ils portent à notre sujet. Nous n’avons pas la condescendance ni la prétention de savoir ce que les gens veulent ou ce qu’ils pensent de nous. Nous ne savons que faire ce que nous avons envie et le plaisir qu’on en tire est bien suffisant pour justifier autant de sacrifices.

[PMU] Vous avez cinq albums et plus de 450 spectacles à votre actif. Ce travail acharné vous a conduit à vous mériter entres autres un lauréat pour le meilleur album punk de l’année 2007 au Gala GAMIQ ainsi que de nombreuses nominations au Gala de l’ADISQ. Est-ce pour vous un accomplissement?

[GUILLAUME] Non. L’accomplissement de notre point de vue, ça se passe en sortant de studio. Le gala de l’alternative est un leurre. J’ai cherché l’alternative toute la soirée et je ne l’ai pas trouvée. Le gala des GAMIQ bien qu’il ait le mérite d’avoir les oreilles bien aiguisées, c’est comme l’ADISQ mais avec moins de budget. L’ADISQ c’est tout simplement une tribune d’une minute devant 1 500 000 personnes pour cracher dans la soupe et faire un pied de nez à l’industrie de la complaisance. Je déteste les galas. Nous y allons seulement pour boire des bières avec Hugo Mudie. D’ailleurs, il faudrait être sadique pour attendre 12 ans que l’accomplissement arrive non?

[PMU] Vous avez été nominé pour découverte de l’année au gala de L’ADISQ. Comment on se sent de se retrouver dans cette catégorie après plus de dix ans d’existence et un public qui vous suit pas à pas depuis des lunes?

[GUILLAUME] On se sent comme une belle opportunité de faire mal paraître l’industrie.

[PMU] Est-ce que vous considérez VULGAIRES MACHINS comme étant un groupe marginal de l’industrie musicale québécoise?

[GUILLAUME] Marginal? Non. Nous avons toujours eu le cul entre deux chaises mais pas au point de se considérer marginaux. Bien que nous continuions de supporter les médias indépendants et communautaires le plus possible, nous avons quand même fait le pari il y a quelques années d’utiliser les mêmes vecteurs que nous critiquons. À savoir les médias de masse et les médias commerciaux. Je considère somme toute VULGAIRES MACHINS comme un groupe accessible.

[PMU] Sur votre site web, vous indiquez qu’on peut se procurer certains de vos disques sur Smartpunk.com donc via le web. Que pensez-vous de l’ère numérique et de l’achat de musique sur le web contrairement à acheter dans les disquaires usuels? Existe-il des avantages et des inconvénients?

[GUILLAUME] Je suis un fervent consommateur de musique. Je préfère de loin un album physique à une liste fade de titres téléchargés. Toutefois, l’industrie étant ce qu’elle est, je comprends parfaitement les pirates. Si les magasins ne volaient pas les artistes et les consommateurs de musique en vendant les copies quelques 20$, je comprendrais moins bien, mais ce n’est pas le cas. Je pense que l’industrie toute entière cours à sa perte et rien n’y fera pour la sauver. Il faut que les gens se déplacent dans les concerts puisque c’est le seul moyen de survie qui reste aux artisans. Il faut focuser sur l’importance de trouver malgré tout un équilibre.

[PMU] Dans un même ordre d’idée, croyez-vous qu’il est important d’encourager par exemple la scène locale et les disquaires indépendants?

[GUILLAUME] Autant qu’il est important d’encourager les producteurs et les agriculteurs locaux par exemple. La mondialisation est un monstre qu’il faut combattre dans toutes ses sphères d’activités.

[PMU] Quels sont vos plans pour le futur? Votre dernier album remonte à 2006. Songez-vous à un prochain album? Si oui, à quoi peut-on s’attendre?

[GUILLAUME] On y songe, on y travaille. On ignore tout de ce qui en résultera. On ignore encore davantage quand ça sortira…

[PMU] Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et comme à l’habitude, c’est un grand plaisir.

[GUILLAUME] Merci les punks!



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