NIP Radio (22 mars 2006)



NIP
CISM 89,3 FM, Montréal
Mercredi, 19h
www.nipradio.com


Depuis 2000, une émission de radio indépendante met tout en oeuvre pour faire découvrir la richesse de la scène alternative japonaise. Chaque semaine, et pendant une heure, NIP ouvrent toutes grandes les portes de l'archipel nippon en abordant ses aspects les plus insolites et sa meilleure musique Rock, Punk et Ska! Samy-Kim Houasnia, le créateur et réalisateur de l’émission s’est entretenu avec PunkMeUp

[CATH] Samy-Kim, comment définirais-tu ton émission?

[S-K] NIP, c’est avant tout une émission de radio sur la bande FM rejoignant chaque semaine potentiellement 700,000 personnes dans la grande région montréalaise et partagant avec ses auditeurs une passion pour le Japon alternatif à travers sa culture, mais surtout, sa musique! Ceci dit, NIP ne serait rien sans sa sensationnelle équipe de gens motivés et très compétents dans leur champs d’action respectifs, qui ont accepté, aux cours des années, de participer à ce projet que j’ai créé il y a cinq ans.

[CATH] Est-ce que l’équipe est la même depuis le tout début?

[S-K] Ah non! D’ailleurs, il n’y a pas que l’équipe qui a changé au cours des années, mais aussi la structure elle-même de l’émission qui a beaucoup évolué. Les premières années, je les ai passé à CHOQ.fm, la radio Internet de l’UQÀM, à faire presque tout moi-même. Ça m’a permis de me faire la main avec un concept pas évident, avant de passer sur les véritables ondes radio de Montréal. Petite anecdote : c’est à la demande de CISM elle-même que nous avons fait le saut sur la bande FM. « On s’est fait repêcher », en termes de hockey! J’étais à la fois très heureux et surpris qu’en si peu de temps, NIP ait attiré autant d’attention!

[CATH] Avez-vous déjà habité/séjourné au Japon?

[S-K] Oui, plusieurs mois. Et la plupart des membres de l’équipe ont une expérience concrète du Japon par l’apprentissage de la langue, ou en y ayant séjourné pour une longue période de temps (12 mois+). La majorité des gens croient qu’il est compliqué et coûteux de visiter ce pays, mais il n’en est rien. Nous avions d’ailleurs déjà consacré toute une émission spéciale l’année dernière à ce sujet afin que nos auditeurs connaissent tous les bons trucs pour économiser là bas… pas toujours de façon « politically correct » ! ;)

[CATH] Comment est venue l’idée de faire une émission strictement sur la scène japonaise?

[S-K] C’est une longue histoire (on s’en doutait), mais elle peut aussi être résumé très rapidement. Au départ, lorsque je suis arrivé à Montréal, je voulais démarrer une émission strictement musicale, centrée sur une petite scène particulièrement restreinte au Japon qui ne représente pas du tout l’ensemble de la diversité et de la richesse musicale de ce pays. Après tout, le Japon est le deuxième producteur de musique en importance au monde, juste après les Etats-Unis! C’est justement pour briser ce mythe et partager ces musiques avec un plus grand nombre de gens, tout en ne tombant pas dans les clichés, que j’ai rapidement modifié la formule… qui est devenue l’émission que vous connaissez aujourd’hui.

[CATH] Comment est la scène musicale, là-bas?

[S-K] Très similaire…et à la fois, très différente d’ici. Les japonais ne sont pas à l’origine du rock, du punk ou du ska, mais il est faux de croire que les musiciens de là-bas sont des « wanabe ». Le rapport même aux courrants musicaux occidentaux est différent du nôtre, ce qui donne des résultats parfois très originaux. Les façons de promouvoir les groupes et les événements sont aussi, à mon avis, bien plus efficace qu’ici. Il ne faut pas non plus oublier que le Japon est l’un des pays ayant le plus haut taux de population au kilomètre carré du monde… le bouche à oreille, les flyers et tout ce genre de choses y ont donc un impact remarquable. Peut-être cela explique-t-il partiellement la vigueur de la scène indépendante là-bas?

[CATH] Et la scène locale, t’y intéresses-tu?

[S-K] Bien sûr! Comme un écrivain québécois passionné du Japon l’a déjà dit: "la portée du regard vers autrui doit être égale à celle du regard porté sur soi-même", comme quoi, s’abandonner à une autre culture sans se questionner sur la nôtre est une erreur menant à la perte des repères... D’ailleurs, un de mes objectifs avec NIP et les projets qui gravitent autour serait de permettre à des groupes locaux de faire des spectacles conjointement avec des bands japonais… pour des events ou carrément des tournées. Le but étant évidemment qu’en retour, ces collaborations aident également à faire connaître nos formations au Japon!

[CATH] Les asiatiques ont la réputation d’être des gens très polis – c’est comment, un rocker japonais?!?

[S-K] C’est poli en maudit [rires]. La distance qui sépare l’image d’un artiste ou un groupe sur scène et dans la vraie vie au Japon est parfois surprenante. Tout comme pour les courrants musicaux « occidentaux », les icônes de la culture pop et underground ne sont pas les mêmes pour les japonais. Cela donne parfois lieu à de drôles de mélanges et d’interprétations. Par exemple, l’image de la croix chrétienne ou de l’uniforme militaire de la Deuxième Guerre n’ont pas la même résonnance au Japon… Il est donc difficile pour moi, et pour tous ceux qui ne sont pas japonais d’ailleurs, de vraiment concevoir par exemple ce que l’expression « Sex, Drugs & Rock’n’Roll » évoque là-bas. Mais je sonne un peu compliqué, là… non?!

[CATH] C’est quoi les pires stéréotypes qu’on colle à la culture japonaise selon toi?

[S-K] Bah. Une grande partie de ces stéréotypes sont générés et entretenus pas les médias, donc la cible de ma frustration serait plutôt eux, justement. Mais tout n’est pas noir ou blanc. Malgré ses succès économiques phénoménaux, le Japon n’aura jamais réussi à se retailler une place importante sur la scène politique internationale depuis sa défaite de 1945. On en voit concrètement les conséquences aujourd’hui, car aucune Presse occidentale ne s’intéresse vraiment à ce qui s’y passe, mis à part des reportages sensationalistes et mal documentés sur des trucs anecdotiques et souvent inutiles (jeux vidéos, manga, électronique, tourisme, cuisine, arts martiaux, tremblements de terre… et j’en passe). Ce que cela donne à long terme c’est une image complètement déconnectée de la réalité du Japon basée sur des éléments folkloriques ou des généralisations. Moi, je rêve du jour ou on me parlera de qui se passe au Japon comme on me parle de ce qui se passe en Europe au téléjournal : sans exotisme.

[CATH] Mots de la fin?

[S-K] J’aimerais remercier PunkMeUp pour cette entrevue car c’est toujours un plaisir pour moi de parler de NIP… Ça me donne plein d’occasions pour déborder du sujet [rires]! À tous ceux qui désireraient nous écouter ou en savoir plus, sachez que notre site Internet contient des archives de nos émissions en MP3 ainsi que des centaines de profils de bands japonais, passez voir!
www.nipradio.com

Merci beaucoup à Samy-Kim d'avoir pris le temps de discuter avec nous!



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