Joan Of Arc - The Intelligent Design Of Joan Of Arc (Polyvinyl Records)


Auteur: Cath (15 août 2006)
En magasin le: 25 juillet 2006
Cote: 7/10

Si c'est pas encore fait, il va vous arriver de vous réveiller un jour et d'en avoir vraiment marre du punk rock.

Croyez-moi, ça va arriver.

Et en ce jour fatidique, je vous souhaite fortement de tomber sur une bonne collection de indie rock/post rock/post hardcore/noise rock/ce-que-vous-voulez-bien rock – des groupes comme AMERICAN FOOTBALL, BRAID, CAP'N JAZZ, CURSIVE, Q AND NOT U, DRIVE LIKE JEHU... ça renouvellera votre foi en la musique, et pas à peu près. Les power chords feront place à mille et unes textures; l'”émotion” se traduira sur un tout autre niveau que ce qu'on pourrait, de façon trop commune, emboîter dans le-dit même terme sur-utilisé; les signatures côté tempo viendront donner une dimension tout autre à la facture musicale.

Étant donné l'objet de la présente critique, vous vous demandez peut-être pourquoi le nom JOAN OF ARC n'apparaît pas encore dans la (oh si courte) liste énumérée ci-haut. C'est simplement parce que j'aimerais bien vous forcer à vous enfiler les albums de tous ces autres bands avant de tomber sur un disque de JOAN OF ARC, de peur que vous ne le reléguiez aux ordures. Car c'est bien tristement la pauvre histoire que je peux relater au sujet de ma réaction par rapport au premier album du groupe - ce petit bout de plastique bleu poudre intitulé A Portable Model Of... paru en juin 97 sur l'étiquette Jade Tree. Je l'ai tout simplement détesté. Vraisemblablement, j'étais encore trop accrochée aux pans de jupe des défunts CAP'N JAZZ pour y comprendre quoi que ce soit, et les expériences musicales de JOAN OF ARC étaient à mes oreilles l'équivalent d'un cours de physique: beaucoup trop complexes, et surtout assez désagréables.

Entendons-nous – leurs premiers enregistrements ne figurent pas nécessairement au sommet de ce qui tiendrait lieu de palmarès rétrospectif des parutions de la formation. Le tout étant présenté de façon chronologique, cette compilation d'une heure et quelques composée strictement de raretés et autres b-sides est un testament de la progession du groupe au fil des ans, au début de laquelle on ressent toute une recherche de cohésion à travers la nature éclectique de leur création musicale. On poursuit cette épopée à travers des expérimentations électro-folk-noise parsemées de pianos et cuivres (se faisant rares mais tout de même présents), une instrumentation qui ne colle pas nécessairement au rythme dicté par les percussions, le tout sur des fonds de dentelle hantées et la parfois tendre et autrement déchirante voix de Tim Kinsella. Les pièces les plus amples, lousses et atmosphériques (Trial At Orleans, Please Sleep) font parfois place à un chemin plus sombre (For A Half-Dead Girl Named Echo), pousse les limites de l'expérimentation à fond la caisse (I'm Sorry I Got So Drunk Before My Solo Set In Tokyo) et présente de ces ballades tout simplement sinistres (My Girlfriend Dumped Me After The Free Trip To Japan, Please Don't Mistake My Arrogance For Shyness), pour ensuite tomber vers ce qu'on pourrait qualifier de plutôt osé de la part de ces messieurs de Chicago: un amalgame de beats qu'on trouverait dans la section hip hop de n'importe quel magasin (You Say Tornaydo And I Say Tornahdo). On retrouve également sur cet album certaines de ces pièces qu'on pourrait cataloguer de ballade à la Tim – quelques minutes d'assonances toutes aussi mélodiques les unes que les autres (revient ce piano a la CAP'N JAZZ dans toute sa splendeur), surplombées de tempos étrangement coïncidents avec un feeling dérangeant (parfois même irritant). Le groupe se plaît à confectionner des morceaux qui se tiennent fermement à cheval sur la clotûre séparant notre zone d'inconfort de celle où baigne nos petites aises et autres goûts familiers.

La délimitation entre ce qui est de l'art et ce qui passe pour de la pure prétention est parfois difficile à cerner. Tim Kinsella a toujours été un de ceux que les critiques ont soit adoré ou détesté. Qu'on devienne adepte de ce genre de musique ne sera certainement pas le cas de tous (et cet album ne constituefait aucunement une bon début) mais JOAN OF ARC demeure à mes yeux son projet le plus ambitieux et, ne soit-ce que pour cette seule et unique raison, mérite qu'on y porte attention.

Pour les fans de : MAKE BELIEVE, THE PROMISE RING, CHRISTIE FRONT DRIVE, COLOSSAL, MINERAL, AMERICAN FOOTBALL, SPARKLEHORSE, THE APPLESEED CAST, DO MAKE SAY THINK, THE GLORIA RECORD, MODEST MOUSE, GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR

+: un véritable incontournable pour les fans, regroupant tous les singles, b-sides, vinyles, chansons sur compilations et importations
-: la collection est un peu désordonnée et il ne s'agit pas d'un album facile d'approche pour tous

En savoir plusCritiques les plus récentesLire les commentaires (0)Ajouter un commentaire