U.Seed - The Black Ink (Freedumb Records)


Auteur: Cath (12 juin 2007)
En magasin le: 22 août 2006
Cote: 7/10

Il y a dix ans, une bonne partie des groupes punk du Québec avaient développé un son caractéristique. Ces groupes existaient en nombre suffisant pour affirmer qu'on avait affaire à un style défini, sur lequel on pouvait coller l'étiquette de “punk rock québécois”. Quelque chose d'assez large pour permettre une bonne variété, mais toute de même suffisamment cadré pour valider la classification générale. Cela s'apparentait à un mélange de punk scandinave avec plus de mélodies, des rythmes encore plus turbulents et un fini moins léché. Suffit de penser à JORDAN'S BANK, SON OF A BEAT, FOODSTUFFS, FROM GRASS TO CHEESE, HOME, MY BIG WHEEL...

En 97, U.SEED lançaient Seen From That Angle, un EP qui bouillonnait de passion et de rage, mais surtout d'un optimisme contagieux. C'est donc ainsi que le groupe se taillait une belle place sur la liste des ambassadeurs ultimes du punk rock québécois, avec des points boni pour le niveau technique de leurs compositions. Forts de cette victoire retentissante, le quatuor procédait à... disparaître mystérieusement dans la brume. L'histoire ne précise pas si U.SEED ont pris un temps d'arrêt, ou bien s'ils ont tout simplement tenu le profil bas, très bas, pendant les années qui suivissent. La rumeur veut que le groupe ait toujours poursuivi ses activités. Quoi qu'il en soit, c'est à la fin de l'été 2005 que U.SEED est ressurgit de Victoriaville pour venir faire un tour dans la grande métropole à l'occasion du passage de TEN FOOT POLE. Presqu'un an plus tard jour pour jour arrivait The Black Ink, leur premier enregistrement pour l'étiquette Freedumb Records. Suite à la belle introduction que je viens de vous faire, vous vous imaginez sûrement que ce n'est pas sans un brin de curiosité que je voyais venir cette parution. Le délai de la parution de la présente critique sera pour une autre histoire. Pour l'instant, passons aux choses sérieuses.

Une intro en guise d'ouverture d'un disque n'offre que deux possibilités: si c'est réussi, c'est que vous vous appelez GOOD RIDDANCE, et que votre auditoire en est habitué, est venu à les adorer, les recherche et en redemande d'avantage, des intros. Autre option: c'est manqué, et ça donne le même effet que de mettre “fin” à la fin d'un film. En d'autres mots, c'est non-nécessaire et ça gâche. Finalement, si une intro est, la plupart du temps, une façon de définir le ton d'un album, alors ce n'est jamais bon signe quand le prologue en question semble sortir tout droit du répertoire des sons d'ambiance de la série Buffy The Vampire Slayer. U.SEED ne commencent certainement pas du bon pied. Comme si on n'était pas assez perplexe suite à cette intro minable, voici qu'on se fait lancer par la tête Berserker, une pièce sauvagement décapante, en guise de premier chapitre. On conserve donc cette expression de surprise, mais pour une bonne raison cette fois. La pièce nous porte à croire que jamais le groupe ne nous servira une autre Listen Carefully, pour plutôt s’enligner dans la veine de (croyez-le ou non) COMEBACK KID. On nous sert une belle portion de brutalité, ici, avec les shouted vocals, les riffs métalleux, la structure hardcore et tout et tout.

Le groupe se révèle tout de même un peu trompeur de choisir un morceau comme celui-là en tant que pièce d’ouverture. The Black Ink n’est pas une de ces galettes hardcore à tout casser. On retourne rapidement à la voix habituelle de Etn, qui rappelle parfois un peu trop celle de Joey Cape, et on retombe dans un répertoire qui s’apparente davantage au vieux matériel du groupe : mélodique et rapide, avec des bons refrains accrocheurs, insérés dans une structure complexe dictée par de multiples changements de rythme. On a aussi droit au classique de la pièce acoustique pour clôturer l'album. On voit donc assez rapidement que U.SEED a développé une personnalité double. Le côté mélodique et rapide (Locksmith, Screaming Wolf), et l’autre, sombre, torturé et plus lent (Silence Whisperer, Best of You, Blockhouse), tirent tour à tour sur la couverture. Pourtant, aucun des deux n’emporte la bataille (c’en est peut-être même pas une), car on retrouve les deux types en partie égale tout au long de l’album. Le groupe n'est pas moins à son affaire au niveau de la technique; on sent tout simplement une maturité nouvelle dans la diversité et dans la structure des pièces, en plus du nouveau ton de voix qui ajoute une dimension inattendue aux compositions.

Parlons-en donc un peu, de ce nouveau côté du groupe. Tout d’abord, et même si on n’aurait jamais pensé que U.SEED pourrait être l’auteur d’une composition pareille, The Best of You est de loin le meilleur morceau de l’album. Excellente et surprenante, la pièce rappelle immédiatement les jours de gloire de SMALL BROWN BIKE. L'expérimentation dans cette trajectoire dépasse peut-être les bornes avec Believe par contre - une pièce étrange avec un rythme staccato à la SYSTEM OF A DOWN qui pourrait provoquer chez plusieurs le réflexe automatique d'appuyer sur le petit piton prochaine chanson.

L’album est définitivement assez diversifié pour nous rappeler qu’il s’est écoulé presque une décennie depuis la dernière parution du groupe. Toutefois, on reste suffisamment dans le même territoire pour affirmer qu’on a bel et bien affaire à U.SEED. Les amateurs de leur vieux matériel sont tout de même servis, surtout avec des pièces comme Screaming Wolf ou Part Of Me, lesquelles ont la même signature que ces bonnes vileilles Mow The Lawn et Posithink. Par contre, tout semble moins garroché, un peu mieux planifié, un peu plus violent, tout en restant toujours aussi subtilement accrocheur.

+: The Best Of You, Romeo's Ladder.
-: Believe. Non merci.

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