Dwight Abbott - I Cried, You Didnt Listen (AK Press)


Auteur: Dave (05 octobre 2006)
En magasin le: 29 juillet 2006
Cote: 9/10

Périodiquement, le sort des enfants placés revient dans l'actualité. C'est un peu le scandale qui ne finit jamais. Le film de Paul Arcand en indigne toujours plusieurs. Cela fut donc très instructif pour moi de lire le livre I Cried, You Didn't Listen, livre qui retrace la vie de Dwight Abbott, un jeune des années 50 placé en institution après que ses parents soient grièvement blessés dans un accident d'auto. Il est envoyé dans un Centre de la California Youth Authority où dès la première nuit il est attaqué et battu. Les éducateurs sur place laissent faire, car ils n'ont pas l'énergie ni les moyens de contrôler cette horde de jeunes. Il sera par la suite violé par un éducateur en plus de devoir se battre continuellement pour seulement espérer survivre.

Lorsque son père, maintenant rétabli, vient le chercher, le jeune Abbott se renferme, car il se sent responsable des sévisses qu'il a subi. Il pense que c'est de sa faute s'il a été abusé sexuellement. Il a peur aussi de se faire rejeter par ses parents s'il leur dit ce qu'il a vécu. À l'intérieur de l'institution, il se devait d'être continuellement enragé pour survivre. Ce mécanisme de défense le suit à l'extérieur et l'empêche de se rapprocher des autres et d'exprimer ses sentiments. Il ne restera donc pas très longtemps en liberté. À la suite de troubles de comportement, il sera retourné en centre fermé. Il y passera toute son adolescence. Pour lui, ce sera une suite ininterrompue de viols et de violence. Il se devra d'attaquer en premier les autres pour ne pas devoir se soumettre aux autres. Il nous décrit d'ailleurs merveilleusement les quatre types de cliques à l'intérieur des centres et des prisons. Dès qu'il rentre dans un centre, il doit tout de suite s'attaquer à un membre de la clique des straight pour ne plus être importuné par la suite. Si un membre d'une clique inférieure l'attaque, il doit se venger – vengeance qui l'amènera jusqu'à tuer un autre jeune.

Abbott réussira toujours à s'évader de l'endroit où on l'enferme. À chaque fois, il verra qu'il est devenu un peu plus sauvage. Il s'éloigne de plus en plus de la société et il ressent de moins en moins de pitié pour les autres. Tuer quelqu'un ne lui causera aucun remords. Mais cela n'est-il pas en fait la faute de la California Youth Authority? Cette dernière ira même jusqu'à l'envoyer dans une prison pour adulte où il ira jusqu'à entrer en guerre avec certains détenus 15 ans plus vieux que lui.

Le plus frappant dans cette histoire, c'est que ce jeune d'une famille aisée ait pu, à travers un placement dont il n'était pas responsable, devenir une machine à tuer. Doit-on blâmer les éducateurs qui l'ont violé, les directeurs d'établissement qui l'ont violé, les autres jeunes qui l'on agressé, les spécialistes qui ont tout laissé passer? Je pense que la société en général doit se sentir visée et interpellée. C'est elle qui a accepté que tous ces jeunes, qui ont de criants besoins, soient entassés dans des dortoirs avec très peu de supervision. Ils sont considérés comme des objets par la direction des établissements; cette dernière ne voit en eux que des boulets pour la société. Heureusement, ce type de traitement est loin derrière nous au Québec. Reste qu'avec les fermetures des unités pour enfants ayant des problèmes psychiatriques, plusieurs cas très lourds viennent contaminer d'autres jeunes. Rien n'est parfait dans notre système, mais cette histoire nous rappelle que sans ressources, ces jeunes pourront difficilement s'en sortir et ils seront toujours rejetés - ce sera à nous d'en subir les conséquences!

En savoir plusCritiques les plus récentesLire les commentaires (0)Ajouter un commentaire